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Le temps d'une énigme.

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Arthur Madeck
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Date de naissance : 13/05/1997
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MessageLe temps d'une énigme.- posté le Mar 10 Juin - 19:52


Indécrottable rêveur et inébranlable glandeur, Arthur laissait ses pieds le guider, sans jamais se soucier où ils l’emmèneraient. Il partait du principe qu’importe où il amarrerait, cela serait toujours préférable au pensionnat étriqué. Néanmoins, ce jour-là, ses pieds ne le menèrent pas loin. Après quelques minutes d’une démarche traînante, il s’était retrouvé dans un bus qui le menait... Quelque part. Pour tout dire, il avait pris la première destination qu’il avait su lire, sans trop se soucier où il allait atterrir. Parce qu’Arthur était comme ça, sans contraintes ni contrariétés, il errait sans embarras, sans jamais se lasser. Peut-être parce qu’il aimait l’imprévu. Sûrement parce qu’il ne voulait pas crever sans n’avoir rien vécu. Alors, il s’émerveillait de tout, mais trop souvent de rien. Il faut bien s’occuper.

A destination, le jeune homme fut bien obligé de reconnaître qu’il était complètement paumé. Ces arbres, ces buissons, tout lui était étranger. Pendant une fraction de secondes, il se demanda même s’il n’était pas sorti du Japon. Puis il se souvint que le Japon était une île. Quel idiot, vraiment. Très vaguement soulagé, il prit le premier chemin étalé à ses pieds. L’esprit totalement ailleurs, il marcha quelques minutes et tomba nez à nez sur une plage recouverte de galets. L’espace d’un instant, le jeune Madeck reconnut l’odeur de varech qu’il appréciait tant. Heureux de trouver en cet enfer nippon, une bride du paradis breton, Arthur s’élança sur la plage, son instrument (son violon, quoi) battant le tempo sur sa cuisse.

Manquant plusieurs fois de se casser la gueule, il atteint finalement la rive indemne. Il déposa alors avec précaution son violon et sa sacoche, se déchaussa et retroussa son pantalon au-dessus de ses mollets pour tremper ses pieds. L’eau était gelée, mais il s’en foutait. Il se disait que pour un moment, il n’était plus très loin de sa mer bretonne. Et que même si c’était pour un bref moment, il devait en profiter. Le sourire au bord des lèvres, le jeune homme resta plusieurs minutes à observer la mer tenter d’engloutir ses pieds. Seul le vent frais de ce matin de juin eut raison de sa passivité ; engourdi par les rafales gelées, le garçon alla s’assoir sur les galets et en profita pour sortir sa veste de marin. Ce n’est pas qu’il était particulièrement fier d’exhiber ses galons de Mousse, c’était juste parce qu’il avait froid. Et parce qu’il l’aimait. C’était le vieux Le Guerrec qui lui avait offerte, en guise de cadeau de départ. Véritable conteur et vieux navigateur, le vieux et lui avaient noué une amitié dispersée entre récits de mer et contes bretons. Alors, porter cette veste, c’était comme lui rendre hommage. Comme pour lui montrer que la mer n’était jamais bien loin de lui. Un hommage comme un autre.

La veste sur le dos, le garçon se saoula une nouvelle fois des flots agités de l’étendue glacée. Il attrapa ensuite son harmonica, bien caché dans ses poches, et s’attela à reproduire un chant traditionnel breton, le regard absorbé dans les remous des vagues. Maintenant qu’il avait retrouvé sa mer, il n’avait pas l’intention de la laisser filer.
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Lewin Rainer
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MessageRe: Le temps d'une énigme.- posté le Dim 15 Juin - 10:01

Les périodes de mélancolie nocturne ne te font même plus peur. Pas qu'elles t'ont un jour angoissé, parce que la mélancolie, c'est doux, ça berce, même si les yeux perlent parfois. Pour ta part, t'en as simplement eu ta claque des yeux humides. T'as préféré transformer toutes ces conneries en rêves. Mais de vrais rêves, de ceux qui ont du sens, de ceux qu'on réalise sans même perdre espoir. Des petits rêves. T'as beaucoup rêvé de passer du temps à la mer. Et il ne s'agit pas de passer du temps avec une jolie nana histoire de tenter quelque chose, ni de faire la fête pendant trois nuits de suite avec tous tes amis d'enfance, ni d'organiser un pique-nique avec ta famille à raconter les histoires qu'on t'a cachées quand t'étais gamin. C'est passer du temps pour découvrir. Seul avec seulement les vagues dans tes yeux, le bruit de l'eau dans les oreilles et le vent frais sur la peau. Faut avouer que t'en a pas beaucoup eu l'occasion, enfant. Ton patelin du nord de l'Allemagne te prenait déjà suffisamment de temps. La mer, ça n'a jamais été bien plus qu'une option même pas envisageable. La mer, y en a toujours eu plein tes rêves. Et même si en arrivant ici, t'as pu aller y jeter quelques coups d’œils étrangement timides, t'as toujours reporté le jour où t'irai voir, pour de vrai. S'asseoir pour de vrai au bord de l'eau pour écouter en temps réel ce qui t'a mis l'eau à la bouche dans les films. C't'en grandissant qu'on se rend compte  qu'un tas de trucs est faussé. Sur l'écran, tu vois seulement les vagues s'agiter plus ou moins fort, c'est sûrement selon les humeurs de Dame Nature, selon les envies de la Mer. Et puis le bruit, celui qu'on entend dans les verres ou les coquillages achetés dans la boutique du coin quand on les colle contre ses oreilles. - Ecoute, c'est la mer ! - La vraie ? - Bah oui, gros bêta, pas la mer en plastique. - Ecoute, Maman, y a la mer dans les verres du Supermarché ! Evidemment, tous les grands rêves, ou presque débutent par des semblants de rêves crétins, ceux que font les enfants quand ils regardent trop la télé ou qu'ils ne comprennent pas les documentaires.

Tu peux te réveiller de tes demi-sommeils avec l'envie de réaliser un tas de choses. Plus envie de passer des nuits blanches juste histoire de. Ça devient, lassant, les histoires de qui n'ont pas de but. C'est superficiel et au final la tristesse n'est plus là que pour faire joli, pour donner un style, pour tenter de déranger les habitudes. Si y a une chose qui est sûre, c'est que tes habitudes de pensionnaire mouton ne te conviennent pas. Qu'est-ce que t'aurais pas donné pour leur foutre un bon coup de pompe là où il faut, histoire de les remettre en place et de donner un coup de couleur à leurs faces de déterrées ? De trop vieilles has-been qu'on aurait bien remises au goût du jour. Vite, vite. Tu ressens plus le désir de te fatiguer, de t'épuiser jusqu'à enfin pouvoir passer une nuit correcte. Nope. On va se fatiguer avec des choses qui restent. On va aller visiter les plages. Quoique tu perds espoir trop vite. Ta nuit n'est pas tranquille. Si t'avais écouté tes instincts d'enfant impatient mixé au prequ'adulte trop facilement rageur, tu te serais bien levé de ton matelas pour donner des coups de pieds dans les murs et tout balancer d'un bout à l'autre de la petite salle. Disons que le fait que tu aies des colocataires t'aide à garder la tête collée sur l'oreiller. On aurait difficilement espéré mieux pour calmer un Lewin attaqué par l'insomnie. Après quelques longues minutes, tu te lèves calmement, tassant au fond de toi ce désir de cracher ta rage sur tout ce qui t'entoure. Il est environ sept heure du matin et tes deux colocataires n'ont pas l'air dans la même état que toi. Ah oui, ils dorment. Attrapant un teeshirt et un pantalon propre, tu commences un rituel matinal très écourté. Pas de douche pour cette fois puisque tu y as eu droit à peu près deux heures auparavant. Paraît que les douches froides, ça aide à dormir. Ça ralentirait légèrement les battements du cœur, rapprochant ainsi le corps à l'état de sommeil. Faut croire que certaines personnes y sont moins sensibles que d'autres. Un sweater sur le dos, tu sors discrètement de la chambre qui semble elle-même encore endormie. Tout comme le couloir que tu traverses à pas de souris. T'as pas osé regarder le miroir mais tu devines tes cernes rien qu'en sentant cette douleur qui tape sous tes paupières. Pourtant, aucune envie de dormir. Disons que ça recommence.

Les plages. C'est toujours le même but.
Après avoir marché une bonne trentaine de minutes, tu te retrouves face à la gare. Comme d'habitude, elle grouille sûrement de gens pressés, elle doit puer le stress, l'angoisse de rater son train, l'espoir malsain d'arriver à l'heure au boulot. Pour ta part, l'heure ne compte même plus. T'as pris des vacances. Elles ont pas eu le choix. Personne a eu le choix, sauf toi et cet état d'esprit te convient parfaitement. T'as décidé de décider.
Quelques pas plus tard, tes prédictions évidentes s'avèrent carrément réelles. Concrètes. Des fourmis d'humain qui courent un peu partout avec des bagages sous les bras. Des mutants de fourmis, alors. Tu te demandes bien c'que ça donnerait, si on trouvait ça en soulevant les grosses pierres dans la forêt, en shootant dans un tas de terre ou bien en regardant sous le paillasson. Tu ris en façade de tes blagues intérieures. C'est bien, p'tit Lewin, 'faut se contenter des choses simple dans la vie. Trêve de conneries. 'Paraît que t'as des choses à faire. Après avoir jeté un coup d’œil au tableau d'affichage, tu repères directement le prochain train pour la plage de Katsurahama et files au quai qui convient. Vingt minutes plus tard, tu t'endors la tête dans la paume, la paume contre la vitre et le paysage défile sans te permettre de le reconnaître. A croire que le sommeil est capricieux. P't'être qu'il faudrait te présenter des lieux d'endormissement contraires aux conventions si on veut te faire dormir. Ça doit être ça. Ton cerveau a décidé de dire non à la bonne vieille tradition de dormir sur un matelas. Va falloir innover.

La plage de Katsurahama t'ôte directement ce sommeil incontrôlé. Tes yeux s'emplissent de paillettes dans lesquels se reflètent les cris de joie de l'enfant qui découvre des merveilles. Et sur tes lèvres vient se coller un sourire gluant d'éblouissement. Que du positif. C'est l'heure de rêver éveillé. Non soucieux du monde qu'on pourrait trouver sur cette plage à cette heure là, tu décides de laisser tes chaussures ainsi que tes chaussettes ici, prenant quand même la précaution de les cacher sous un tas d'algues sèches. Ça pue, mais au moins tu retrouveras tes godasses en revenant. Et tu laisses lentement traîner tes pieds sur le sable coloré, hésitant sérieusement entre regarder devant toi pour admirer la reine mer et ses vaguelettes et le vent et la danse du sable mouillé ou regarder par terre pour t'enchanter des couleurs magiques du sable sec. Tu choisis les deux. Un coup en haut, un coup en bas. Si j'ose dire. Puisque c'est subtil. Un tas de sentiments te submerge. Contre toute attente, t'y pensais pas plus que ça, gamin. C'est d'ailleurs peut-être pour ça que ça ressortait tellement dans tes rêves. Mais mine de rien, t'étais tellement attaché à ton hameau d'enfance et à tout ce qu'on pouvait y trouver, que découvrir autre chose t'aurait paru absurde. Sortir d'ici ? Trop bizarre. T'aurais sûrement tremblé à la simple idée de créer une nouvelle enfance loin de cet endroit. Parce que même si la vie n'y a pas toujours été cool, ça faisait partie des choses auxquelles tu pouvait t'accrocher sans honte, sans remords, sans espoir tombé à l'eau. Le lieu, lui, il pouvait pas s'enfuir. Il serait toujours resté toujours au creux de tes bras, entre tes mains, sous tes pieds, dans ta chair. Cette plage te rappelle que tu n'as pas l'occasion de te rappeler d'un endroit pareil, simplement parce que c'est tout nouveau. Mais au fur et à mesure que tes pas te font visiter ce nouveau monde, tu reconnais quelque chose de familier. Une façon de se tenir, une démarche, des gestes  dans une silhouette. C'est pas toujours facile de reconnaître des gens avec ces indices mais parfois, c'est flagrant. Genre, là. Mais tu doutes. Tu hausses un sourcil pour toi-même, sorte de réflexe de surprise, et t'avances sans plus faire attention à ta discrétion. T'es heureux, alors t'as presque confiance en toi et ça n'te serait d'aucune gêne si jamais tu te gourais de personne.
S'il te fallait les décrire, tu dirais que les gestes que tu vois ne sont pas forcément adroits et que la position te paraît enfantine. S'il n'avait pas l'air plus grand que toi, tu l'aurais sûrement pris pour un mioche qui a perdu ses parents et qui les attend sagement au bord de l'eau. Après brève réflexion, tu reconnais le corps d'un adulte, du moins d'un presque adulte ou d'un grand adolescent mais ça ne change rien au fait qu'il est seul et que t'es sûr de le reconnaître. On dirait qu'il charme la mer et que ses yeux se confient aux vagues. Mais il a froid. Tu le sais parce qu'il enfile une veste, jolie tout de même, avec des couleurs originales et une sacré classe. C'est ce que tu vois.  On dirait un marin qui a perdu son bateau. Alors tu l'éclaires. “Eh, je crois pas avoir vu de bateau par ici.” Pourtant, tes yeux cherchent encore, au cas où son bateau serait là, au cas où on viendrait le chercher, et à ce moment là, tu ne pourrais plus vérifier si tu connais ce mioche. Mioche. Allez, Lewin, fais nous croire que t'en es pas un, ça va être drôle.

Tu avances de quelques pas, te postant derrière son dos, ne lui permettant pas de te regarder dans les yeux. Tu veux le reconnaître avant qu'il ne te reconnaisse. C't'une sorte de petite défi que tu lances à toi-même. Tu observes ses cheveux bruns en bataille, sa nuque penchée sur l'eau, son air un peu perdu. Pommé. Ça te fait sourire. Tu sais qui c'est. Dans ta tête, tu revois les images d'heure d'ennui et de boulettes de papier jetées sur la tête de l'autre, plus indiscrètement que jamais, le passage par la fenêtre pour échapper au vieux gluant de prof de japonais qui vous poursuivait tel une limace au bord de la bord après deux guépards encore pleins de sève. Au fur et à mesure que le film se refait petit à petit dans ta tête, ton sourire s'élargit. Mais il était passé où, ce con ? Voilà ce que t'en penses.
Il avait l'air calé, en matière d'heure de colle. Il avait l'air de savoir s'y prendre, pour filer de la salle de cours et retrouver la liberté. Il a dû en avoir d'autres, des camarades de conneries comme toi. Alors tu doutes quand même qu'il replace ta tignasse mal coiffée, tes yeux endormis, ta face d'ahuri. Mais tant pis. On jouera aux devinettes.
Un long silence prend place dans ta tête. Faut dire que tu discutes tout seul et en silence depuis tout à l'heure. Tu te demandes même si Madeck t'a remarqué. Lui, il est trop occupé à parler à la Mer, dans sa tête aussi. Tu le vois concentré. Après avoir longuement observé son joli violon, non sans un sourire de bienheureux sur les lèvres, tu décides de poser tes fesses à côté de lui, adoptant presque la même position. Peut-être que s'il reconnaît pas ton visage bien trop banal, il reconnaîtra ta voix désintéressée, ta façon d'être, de te tenir, ton dos jamais droit, tes yeux perdus. Sait-on jamais. "Elle est jolie, la mer. Je suis jamais venu sur cette plage, parce qu'elle est loin de Kôchi et du Pensionnat. Mais c'est calme, ici. On dirait qu'elle se réveille juste. T'as pas froid aux pieds ?" A vrai dire, les tiens, de pieds, ne trempent pas encore dans l'eau mais tu la devines glacée. Et tu vois que ceux de ton camarade deviennent rouges. Un peu violets. Ça te fait flipper, sur le coup. Tes yeux s'ouvrent grands et tu as envie de réagir. Tu te demandes s'il les sent encore alors à l'aide de ta main, tu lances une vague soudaine sur ses deux panards.

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Dernière édition par Lewin Rainer le Sam 2 Aoû - 3:49, édité 3 fois
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Arthur Madeck
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MessageRe: Le temps d'une énigme.- posté le Mar 17 Juin - 19:46


Complètement noyé dans ses songes, Arthur n’entendit pas les bruits de pas s’approcher. Faut dire qu’entre les vagues qui plongent et le vent totalement déchainé, il est compliqué de distinguer un bruit. Et ça l’est encore plus quand l’âme est sans appui et qu’elle s’enfuit aux moindres stimuli. Assiégé par ses souvenirs en fouillis, Arthur ne bougeait plus, complètement cabus. Passant du souvenir des Côtes-d’Armor à sa nostalgie des odeurs du vieux port, il était complètement au large de la plage nippone. Quelque part sur les côtes bretonnes, à jouer les maraudeurs avec sa sœur. Sœur qui, d’ailleurs, s’évertuait à lui écrire la moindre de ses aventures. Alors qu’Arthur, entêté, s’appliquait à lui cacher jusqu’à la plus petite de ses chiures. Il faudrait quand même qu’il lui réponde un de ses quatre. Au moins avec une petite carte. Peu enchanté par cette idée, le garçon recroquevilla ses doigts de pieds, ankylosés par le vent glacé. Ce n’était pas d’écrire qui le contrariait, c’était juste de trouver un fait qui saurait amuser son double efféminé. Non pas que sa jumelle soit particulièrement difficile. À vrai dire, elle était même le plus grand fan de ses histoires. Autrefois, elle se roulait dans les champs d’avoine jusqu’à ce qu’il lui conte ses déboires. Aujourd’hui, elle ne se roulait plus. Déjà parce que l’avoine était remplacé par de l’herbe tendue. Ensuite, parce qu’elle était à mille lieues de lui, dans son université pour génie. C’est la vie, comme on dit.

L’esprit embourbé dans les méandres de ses pensées, Arthur ne vit pas le jeune homme s’installer à ses côtés. Il sursauta alors légèrement, lorsqu’une voix effleura son pavillon. Sa première réaction fut celle de se tourner. La seconde fut de penser : « Mais c’est qui ce con? J’le connais... ? ». Trop lent, ou simplement trop ahuri, Arthur n’eut pas le temps d’y réfléchir bien longtemps : le garçon lui parlait. Et ça, ça suffisait pour mettre fin à toute réflexion. Il l’écouta alors lui parler de la mer, de ses beaux airs  et de... Ses petons ?... Hein ?
Arthur cherchait encore le rapport, lorsqu’il reçut de l’eau sur son corps. Ou plutôt, sur ses pieds. Au début, le jeune homme ne réagit pas. Il pensa simplement : Oh mais c’est chaud... Ca fait tout drôle en bas... Oooooh mais... Ca s’agite par-là... , puis il cacha ses pieds entre sous ses cuisses. Comme ça, histoire de les protéger d’un flux spontané venant de l’inconnu. Et c’est ainsi que, pour la première fois de sa vie, il comprit le célèbre dicton : « Sortez couvert ». Mentalement, il se promit de noter cette information quelque part. Comme ça, histoire de ne pas oublier.

Les pieds à présent au chaud, bien calés sous son fessier, le jeune homme redressa son dos et jeta un coup d’œil à l’étranger. Les cheveux bruns, une allure teintée d’un ‘je-m’en-foutisme’ généralisé et un accent presque latin... Incapable de replacer ce garçon, le jeune homme se trouva con. Parce que l’autre semblait le connaître, tandis que lui galérait à le mettre... À sa place. À vrai dire, ce n’est pas qu’il ne voulait pas, c’est qu’il ne pouvait pas. Chaque jour, il observait des dizaines d’attitudes, des centaines de solitudes et des milliers d’inquiétudes. Chaque jour, il recommençait ce manège, sans jamais se souvenir des arpèges que lui offrait la valse quotidienne des inconnus. Alors forcément, Arthur ne reconnut pas le jeune Allemand. Peut-être que s’il l’avait vu courir, cela aurait été différent. Ou s’il lui avait parlé allemand. Mais il était assis et parlait japonais. Pas de chance.

« Ca va aller, merci.
Et toi, pas trop engourdi?
»

Comme si parler de temps rendait le froid plus mordant, Arthur frotta ses mains l’une contre l’autre, comme pour en faire jaillir des étincelles. Dans une autre vie, il était magicien et faisait tomber les cœurs des demoiselles grâce à ce genre de tours enfantins. Sauf que dans cette vie, il était marin et ne faisait rien jaillir de ses mains. Ou du moins, pas de ce type là (si vous voyez c’que j’veux dire). Les mains réchauffées, le garçon plongea sa main dans son fourre-tout à tâtons et attrapa délicatement son petit carnet. Ce tas de papiers désordonnés, véritable mine d’informations soigneusement compilées, renfermait de nombreux visages photographiés. Du vieux pion à éviter à sa génitrice désabusée, Arthur y collait des clichés pris sur le vif, afin de classer les visages à ne pas oublier. Toujours en prenant son temps, Arthur le feuilletait, cherchant un garçon aux cheveux bruns. Après quelques secondes à reluquer des inconnus et à découvrir des visages qu’il oublierait la seconde d'après, le garçon dût se résigner. Le joli brun n’était pas dans son carnet. Ou du moins, pas dans les photographiés. Avec cette même lenteur, le garçon se dirigea vers la section « pas de visages » et lut sans précipitation, le doigt suivant chaque mot, les quelques descriptions qu’il y avait noté. Ici, un monsieur à éviter, là un garçon qui aime les pommes mais pas les retenues, là-bas un homme qui préfère le rhum sans retenue. Découragé, le garçon referme l’ouvrage, vaincu. Il ne restait plus qu’à tenter :

« Eh, t’es plutôt rhum
Ou belle pomme?
»

Façon de dire : « dis, t’es le garçon qui m’a sauvé la vie? Ou juste le soulon du fond ? ». Manière à lui de faire un choix entre les différents garçons qu’il avait énuméré dans son carnet.  Mais dans l’fond, Arthur espérait que ce garçon était celui qui appréciait les pommes. Déjà parce que lui aussi les adoreraient. Ils pourraient donc en parler. Mais également parce qu’il avait apprécié sa compagnie. Et surtout parce qu’il ne l’avait pas oublié, pas même en Bretagne. Il avait même pris la peine de lui ramener un p’tit quelque chose. Comme ça, juste parce qu’il en avait eu envie. Sauf qu’aujourd’hui, ça faisait presqu’un mois que son sac était encombré. Il avait hâte de décharger son paquet.

(Oui, je finis sur une petite note, gorgée de finesse. 8D)
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MessageRe: Le temps d'une énigme.- posté le Lun 23 Juin - 23:04

Tu l'as capturé dans sa plus grande passion. Pas d'une façon de tyran qui va surveiller ses faits et gestes ni comme un enfant qui se permettra de juger tout ce qu'il voit, et de critiquer s'il ne peut pas les comparer à son propre comportement. Tu l'a capturé d'un façon très abstraite, planté là à l'observer observer la mer. À le regarder l'embrasser des yeux. À croire qu'elle le berce encore. Tes yeux scannent ses yeux et tu esquisses un sourire fasciné. Parce que toi, tu sais pas t'intéresser si profondément à quoi que ce soit. Pas que t'aies rien trouvé ni que tu cherches désespérément non plus. C'est qu'on sait pas, pauvre Lewin. Tous tes intérêts sont éphémères et distraits par la moindre mouche qu'on entend s'écraser contre la vitre. T'es comme ça, on te changera sûrement pas. C't'un peu la raison pour laquelle, en attendant, tu les observes, ces gens qui semblent assez doués pour se concentrer si intensément sur des choses qui te paraissent pourtant petites. Mais tu le vois, au fond de son iris, que la mer n'a jamais été petite.

La mer, ici, elle est grande. Tout comme le semble le désir d'Arthur d'y sauter et d'y nager pendant des heures sans se rappeler qu'elle est si froide qu'elle rend les pieds bleus et les mains qui tremblent. Peut-être que c'est pour tenter de participer à sa passion que tu t'assois discrètement à côté de lui. Et quand tu prends l'initiative maladroite de balancer de l'eau glacée sur ses pieds sûrement tout aussi froids, c'est sûrement pour tenter de gentiment s'incruster dans ses pensées. Est-ce qu'il a pas froid, Madeck, comme ça ? Ses pieds ont quand même changé de couleur. « Ça va aller, merci. Et toi, pas trop engourdi ? » Avant de répondre, tu prends le temps d'observer ses mains de nouvel adulte se frotter l'une contre l'autre. Ça va aller, qu'il t'a dit. T'y crois qu'à moitié. Honnêtement, si on t'avais décrit la situation, t'aurais pas imaginé que le vent de la mer puisse être aussi glaçant. Mais t'arrives pas à savoir si c'est le vent spécial des plages d'ici ou si c'est juste un jour où on claque des dents. D'autant plus que t'as prévu de rester plus de deux ridicules heures ici. Tu penses à tes godasses que t'as laissées, espérant qu'elles ne s'envolent pas sous les ordres de Dame Nature. Tu lui passerais bien un savon à elle, d'ailleurs. Elle te fait pas de cadeau pour un premier jour à la mer. C'est pourtant ton inauguration, elle aurait pu penser à toi. « A vrai dire, je gèle sur place. » Mais tu chasses ses critiques de ton esprit alors que tes yeux suivent les doigts de son camarade. Il sort un carnet que tu n'as jamais vu. Il est assez gonflé et les pages font du bruit quand il les tourne. T'es pas impatient. T'observes seulement par dessus sont épaule ce qui peut bien s'y trouver.
On aurait dit des vrais papiers, des sortes d'archives comme chez les grands-mères et les grands-pères ou même les arrière-grands-parents. Un album photo mais pas aussi propre que les vrais. Ça te déçoit un peu, d'ailleurs. Mais ton regard n'en décolle pas pour autant. Madeck décide d'abandonner la mer du regard même si t'es sûr qu'il voit encore ses belles vagues sans sa tête. Il cherche maintenant dans son cahier tout froissé, décollé et corné aux quatre coins sur chaque page. Tu reconnais quelques têtes et tu commences à flipper, te rendant compte qu'il a vraiment chouré les photos de personnes que tu connais et dont t'es plus ou moins proche. Ça veut dire qu'il est allé s’immiscer dans ton environnement - qui, soit dit en passant, a aussi été le sien pendant un petit bout de temps - pour photographier tes camarades. Tu grimaces. Et si c'était une sorte d'espion sombre, qui enquête sur des choses malsaines et trop secrètes pour la plupart de la population mondiale ? Ou peut-être une sorte de tueur en série pas archi-discret qui collectionne les têtes de ses futures victimes ? Un mafieux qui liste des gens qui auraient à faire avec des choses dont tu ne veux même pas entendre parler ? Tout simplement le fils du directeur du Pensionnat qui aurait volé le livre de tous les élèves à son père et qui te l'aurait fièrement rapporter, histoire de partager sa trouvaille avec toi ? Oh, t'en exalterai à l'avance C'est d'ailleurs en y pensant que tu rends compte que tu divaguais carrément. Tes premières pensées t'apparaissent soudain absurdes alors que tu redescend du pays des cauchemars puérils.
Madeck s'arrête alors à une page. La photo de sa tête, au milieu de nulle part, te faut lever les yeux au ciel. Tu râles intérieurement mais tu ne te permettrais pas de lâcher ce long soupir dédaigneux ou indifférent qu'on connaît trop bien.

« Eh, t’es plutôt rhum ou belle pomme ? » Eh, qu'est-ce qu'il veut dire par là ? Tu te grattes le menton, faisant crisser tes ongles rongés sur la barbe naissante de ton menton. Bah ouais, rappelle-toi Ducon, t'as volontairement évité le miroir ce matin. Plusieurs issues au problème te traversent l'esprit. Peut-être qu'en voyant ta gueule dont la pâleur fait ressortir les cernes, il hésite entre pochtron et canon du siècle ? Ou alors il te reconnaît enfin et te propose d'aller boire un verre ou casser la croûte ? Ce qui paraîtrait plutôt décalé comme proposition, par ce temps et surtout dans ce contexte. Il tente de te faire choisir entre deux parfums de glace ? Il se trompe, parce que déjà, on devrait savoir que tu prends pas la peine d'hésiter entre deux bouffes. C'est trop compliqué pour toi. Et en plus, par ce temps là t'aurais plutôt hésité entre café et chocolat chaud que glace et glace. Tu penses d'ailleurs qu'il est du même avis que toi. Pour ta part, t'aurais pris un chocolat chaud. Et voilà que tu te mets à rêvasser. Trêve de faims, tu reposes tes yeux sur l'album. Et la vérité te saute aux yeux. Tu reconnais cette tête un peu ronde au nez et au front brillant, aux dents d'homme qui a bien vécu et tu sens d'ici l'odeur de l'alcool qui pique le nez et qui ne donne même plus envie de boire. Tu retrousses vivement le nez, comme si une mouche venait de l'effleurer. Sauf qu'il n'y a pas de mouches par ici; c'est juste un peu de dégoût qui te fait grimacer. « Le rhum, c'est pas mon alcool préféré. Par contre, les pommes, j'en ai toujours avec moi. » Et de glisser tes mains dans tes poches pour vérifier que tes propres paroles ne soient pas erronées. « Presque. Mais dans tous les cas, c'est cool. Tu peux jouer à la passe avec, ou au bowling, ou la manger, déconcentrer les gens, l'échanger contre un tas de choses que tu préfères, l'éplucher en lui gravant un visage, la faire rouler sous le pied de ton rival. »
Tu soupires, alors, te félicitant intérieurement d'avoir tenu ce minuscule monologue sur l'usage des pommes. « Tu sais, si tu replaces pas ma tête, 'faut me le dire. Je suis le dieu de rien du tout, je vois pas bien pourquoi tu te souviendrais de moi et pas d'un autre. » Toi, tu te rappelles parfaitement de la façon dont tu l'as rencontré. Salle de classe, boules de papiers indiscrètes, pseudo-crise d'angoisse, sprint dans les couloirs, toilettes des filles. Ca résume à peu près le contexte décalé qui a fait que sa bouille de pommé est toujours dans un coin de ta tête, prêt à resurgir quand il faut. Et 'faut croire qu'il fallait.
T'as pas un sac, pas de poches remplies, pas le moindre objet ou vieux morceau de papier qui pourrait lui rappeler vos péripéties. Tu te sens con, d'être arrivé si démuni. Faut croire que t'imaginais pas croiser quelqu'un, encore moins ce gars-là en particulier. Parce que t'en es pas heureux - au contraire. Si t'avais la foi d'exprimer tous tes sentiments, tu sourirais de toutes tes dents et serais à la limite de lui sauter dans les bras. Faut avouer que tu t'es éclaté avec lui et que vous vous êtes toujours bien entendus. S'il t'amusait pas aujourd'hui, avec ses paroles calmes et ses regards qui ne voient que la beauté, t'aurais sûrement été un peu déçu qu'il ne recale pas ton visage. « Robes, chaussures à talons, cheveux roses, paillettes, vernis à ongle, maquillage, cache-cache dans le placard. Ça titille pas tes neurones ? »

Tu restes sagement assis à ses côtés, ce qui crée un contraste assez comique avec le débit de tes questions. On dirait un légume hyperactif, c'est assez paradoxal. Mais t'assumes. Du moins, tu t'en rends pas compte, c'est déjà ça.  
Longuement, t'observes cette beauté pure qui s'offre à ton regard. Elle se jette à tes pieds, te hurlant de l'admirer, de la regarder, de la bouffer des yeux parce que c'est vraiment pas tous les jours que t'auras droit à ça. T'en es conscient et tu lui obéis.

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Dernière édition par Lewin Rainer le Sam 2 Aoû - 3:48, édité 2 fois
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Arthur Madeck
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MessageRe: Le temps d'une énigme.- posté le Ven 4 Juil - 14:23

Arthur ne s’embarrassait guère des silences. Il était de cette nature insouciante qui  pense que tout arrive à temps à qui sait attendre. Alors il attendait, sans jamais faire de bruit, guettant les paroles sur la pointe des pieds. Croyant qu’un silence équivalait à mille mots, le jeune homme ne les pressait jamais, que ce soit chez les autres, ou chez lui. Parlant lentement, il avait ce petit quelque chose qui vous apaise et endort peu à peu votre vigilance. Il avait ainsi réussi, bien souvent par mégarde, à endormir un bon nombre de personnes qu’il avait croisé sur sa route, tandis qu’il racontait quelqu’une de ses modestes épopées. Passionné d’histoires condamné à ne jamais pouvoir tenir son public en haleine, il ne s’était pourtant jamais offusqué du mystérieux pouvoir de sa voix. Il se disait simplement qu’il valait mieux endormir qu’emmerder. De toutes façons, Arthur n’était pas du genre à se formaliser pour quoique ce soit. Il préférait attraper les émotions au vol, sans jamais les analyser. Il laissait cet effort de dissection aux âmes troublées, celles qui confondent bonheur et plaisir, celles qui pensent que le bonheur se calcule à coups de droites et de biffetons. Arthur, lui, préférait être heureux dans un sourire volé, une rupture ou une déception. Et tout comme ses mots, il recueillait ces émotions sans faire de vagues, sans jamais les brusquer. Véritablement imperméable à tous les tracas de l’existence, Madeck se complaisait de tout, bien souvent de rien, se contentant de suivre son intuition. Et celle-ci lui soufflait justement qu’il connaissait le jeune homme assis à ses côtés.  

Des secondes, des minutes, peut-être même des heures s’étaient écoulées. Le garçon gardait le silence, comme s’il ne savait pas quoi répondre. D’un côté, peut-être désirait-il être tranquille, ne pas s’enquiquiner d’une discussion éculée. Le Breton pouvait bien le comprendre : si lui se contentait du rien, beaucoup s’arrachait l’exclusif, comme si le pas assez excusait la lutte acharnée pour le tout. Quel dommage qu’ils ne comprennent rien, pensa-t-il. Comme abattu par ses propres pensées, le garçon se coucha négligemment sur ses coudes et profita du calme pour jeter un coup d’œil vers son camarade. Il avait peut-être perdu l’espoir de le reconnaître, mais pas celui de mémoriser certains de ses comportements. Alors, il examina ce visage qu’il redécouvrait à chaque battement de cils. Il appréciait ces doigts biens dessinés, semblables à ceux qui n’ont jamais rien foutu de leur vie, affectionnait ce flegme et aimait ces yeux doux balayés d’un flou artistique. Les mains se promenant à travers les grains de sable, Madeck usait et abusait de ses yeux sur le profil de l’inconnu, comme pour se perdre dans les irrégularités de ce visage singulier. Son étude s’interrompit seulement lorsque le brun balaya de sa voix le hurlement du vent :

« Le rhum, c'est pas mon alcool préféré. Par contre, les pommes, j'en ai toujours avec moi. Presque. Mais dans tous les cas, c'est cool. Tu peux jouer à la passe avec, ou au bowling, ou la manger, déconcentrer les gens, l'échanger contre un tas de choses que tu préfères, l'éplucher en lui gravant un visage, la faire rouler sous le pied de ton rival. »

Baissant les yeux sur le sable, le garçon laissa s’échapper un fin sourire. Il était entièrement d’accord avec l’inconnu : les pommes, c’était l’argent des pommés. L’argent de ceux qui n’attendent rien, à part peut-être un sourire, un rire, ou une clé. Une clef qui ouvrirait une pensée longuement ressassée, un souvenir au parfum de bois pourri et aux rires puérils. Madeck releva alors la tête et allait tenter un timide « Rainer? », mais le garçon le prit de court. Faut dire qu’il n’est pas difficile d’être plus vif qu’Arthur.

« Tu sais, si tu replaces pas ma tête, ‘faut me le dire. Je suis le dieu de rien du tout, je vois pas bien pourquoi tu te souviendrais de moi et pas d’un autre ».

À ses paroles, le Breton secoua lentement sa tête, puis soupira. Visiblement, ce garçon ne savait rien de sa « condition ». Faut dire qu’il ne prenait jamais le temps d’en informer personne. Peut-être parce que ce détail lui paraissait futile ; surtout parce qu’il le traînait comme un sac un peu trop lourd à porter, mais dont on ne veut pas partager la charge par fierté. Il eut alors envie de répondre, comme dans un élan d’acidité inexpliquée, que même s’il avait été Dieu, il ne l’aurait pas reconnu. Mais il ne le fit pas. Il n’était pas du genre à reporter sa mauvaise humeur sur les autres. Alors, comme pour faire passer cet élan d’aigreur inhabituel, le garçon se concentra sur le sable. Il en prit une poignée et le contempla rouler doucement entre ses doigts. Il est toujours étrange de constater que, plus on serre le sable entre ses doigts, plus il se barre vite de sa paume. Oui, en quelque sortes, le sable et Arthur avaient ce point commun : Tu les sers, ils se barrent. Que voulez-vous, à chacun sa façon de se protéger.

« Tu sais, tu aurais pu être Dieu,
Ma génitrice ou bien un neveu,
Je ne t’aurais pas plus reconnu.
Pour moi, le monde est juste peuplé,
D’un choix illimité d’inconnus.


Le garçon hésita quelques secondes à finir son poème en neuvain. Il aurait aimé s’arrêter là, mais une rime en « é » manquait. Vivant cette absence comme une rature sur un chef d’œuvre, le garçon capitula et prononça avec douceur les derniers vers de son explication :

J’ne sais pas qui tu es, désolé.
J’uis atteint de prosopagnosie,
Une saloperie de maladie,
Qui m’interdit de me rappeler,
Les visages que j’ai déjà croisés.
»

Pendant son neuvain, le jeune homme n’avait eu de cesse d’épier les vaguelettes de la mer. Après tout, c’était à cause d’elle qu’il avait contracté cette pathologie. Une histoire d’amour qui avait eu ses soubresauts, son lot de blessures, ses coups de sang et ses incompréhensions. Il n’eut néanmoins pas eu le temps de ressasser ces souvenirs, le garçon l’éclairant davantage sur son identité :

« Robes, chaussures à talons, cheveux roses, paillettes, vernis à ongle, maquillage, cache-cache dans le placard. Ça titille pas tes neurones ? »

Le Breton tressaillit aux mots du jeune homme. Il oublia momentanément la douleur de son nez gelé ainsi que ses mains transies par le froid, l’esprit vacillant sous l’émotion. Il laissa tous ses gestes en suspend, le regard rivé sur le profil du jeune homme. C’était lui, celui qu’il cherchait depuis presque un mois. Sous ses yeux se dessinaient la salle de retenue, la pomme, la crise d’angoisse, mais aussi les conneries dans la chambre de Rei, les robes aux couleurs improbables et le vernis qu’il avait eu tant de mal à faire disparaître. Rainer, c’était son nom. Rainer.

Jugeant qu’il n’avait plus à faire preuve de retenue, le garçon laissa s’échapper un immense sourire, traduction visuelle du bonheur qui prenait d’assaut l’entièreté de son être. De son visage à son cœur, qui se serrait aussi fort que lorsqu’une femme aperçoit son amant, Arthur sentait une agréable chaleur l’engourdir lentement. Trop heureux pour se retenir davantage, le garçon plongea son regard dans le sien, puis attrapa avec une énergie inhabituelle la main de Rainer. Il la serra avec énergie, répétant bêtement quelques « Wow », comme s’il ne croyait pas vraiment en la réalité de cette situation. Faut dire que sous ses airs ‘je-m’en-foutiste’, Arthur cachait avec beaucoup de soins une âme très sensible. Pour tout dire, il était tellement ému qu’il en oublia presque de faire rimer ses phrases. C’est dire à quel point cette rencontre l’atteignait.

« Wow, vieux. Lewin Rainer, hein?
Wow... Qu’est-ce que tu deviens?
Toujours dans les coups foireux?
Putain, ça fait un bail, vieux.
Tu sais, pour un peu,
Je t’embrasserai une fois ou deux.
»

Le souffle rendu court par l’émotion et ces quelques vers improvisés, le jeune homme ne relâcha pas la main de son ami. Des observateurs extérieurs auraient pu trouver cette scène étrange, avec cette poignée de main un peu trop longue, mais Arthur s’en foutait : il avait trop peur que sa sirène disparaisse de nouveau dans la mer pour s’occuper des critiques des autres. Et pour tout dire, il avait déjà trop à faire avec son esprit en bordel pour s’occuper des grimaces des étrangers. Alors, il ne relâcha la main de Rainer que lorsqu’il fut remis de ses émotions. Et qu’il y fut contraint, au moment d’attraper sa sacoche. Délicatement, il en sortit un paquet de sucreries et un coquillage ridiculement commun. Jusqu’alors, il ne s’était pas vraiment interrogé sur la bizarrerie de ses cadeaux. Cependant, maintenant qu’il y pensait, il se disait que le gars allait le trouver spécial. Ce qui tombait plutôt bien, puisque Rainer n’était pas très normal non plus. Après tout, le Breton n’avait pas été le seul con à se travestir, le temps d’une après-midi. Ca, ça voulait bien dire qu’il leur manquait à tous les deux une sacrée case. D’un geste (plus ou moins) précis, Madeck lança alors le sac sur Rainer et garda entre ses doigts le petit coquillage. Il était de taille moyenne avec une couleur orangée légèrement rongée par l’eau salée de Bretagne. Il l’avait trouvé beau. Et il avait pensé à Rainer. Alors il l’avait gardé. Comme ça, pour que lui aussi ne soit jamais trop loin de la mer.

« Ca, Rainer, c’est breton, dit le garçon en désignant le sac.
  Ce sont des bonbons.
Le coquillage vient aussi de là-bas.


Le Breton s’interrompit, soudainement mal à l’aise. Il avait plusieurs fois rêvé de ces retrouvailles, mais ses pensées s’étaient tout le temps arrêtées au moment où il le reconnaissait. Il n’avait donc jamais réfléchi à la façon dont il devait formuler ses excuses. Faut dire qu’il n’en avait pas vraiment l’habitude, considérant invariablement qu’il ne devait rien à personne. Ne sachant pas trop quoi dire, le garçon baissa son regard sur le sable. Il hésita encore quelques secondes, puis se lança :

Vieux, j’aurais aimé t’envoyer tout ça,
Mais ton adresse, j’la connaissais pas.
J’uis désolé mon gars
», finit-il en lui tendant le coquillage, le teint légèrement relevé.

Bien entendu, ce n’était pas la valeur modeste de ses cadeaux qui faisait rougir le Breton. En fait, il suspectait plutôt que Rainer saurait, mieux que personne, apprécier leur véritable valeur. Ce n’était que pure intuition, mais il faisait confiance à cette dernière. Non, ce qui l’ennuyait, c’était d’avoir fait preuve d’autant d’indélicatesse en ne donnant aucun signe de vie pendant plus de deux mois. Comme à son habitude, il était parti en coup de vent, laissant tout derrière lui, sentiments et amis. Il s’était barré, sans même se soucier de ceux qu’il allait abandonner. Il était retourné en Bretagne, où il s’était immédiatement jeté dans les bras de sa Mer et s’était lavé de toutes les misères de l’existence. Puis il avait dû rentrer pour troquer une nouvelle fois ses légendes bretonnes pour les mythes japonais. Bien sûr, pendant ces deux mois d’absence, il avait pensé à Rainer. Comment oublier leurs conneries ? Sauf qu’il ne lui avait jamais envoyé la moindre lettre, pas même pour prévenir qu’il était encore vivant. Sur le coup, ça lui avait paru normal. Après tout, ils n’étaient pas si proches que cela. Sauf que maintenant, il se rendait compte que son comportement avait été plutôt impoli. Pourvu que ses bonbons lui fassent oublier sa rusticité.
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MessageRe: Le temps d'une énigme.- posté le Jeu 10 Juil - 0:49

Lorsque tu déballes tes deux misérables petits monologues, tu le vois qui retrouve quelques un de ses souvenirs. Tu sais pas bien si c'est une illusion, si c'est seulement toi qui espères trop et si, au final, t'aurais mieux fait de fermer ta gueule histoire de paraître un peu moins con. Mais vraiment, il semble recaler. Déjà qu'il a hésité entre le pochtron et toi et que ça pas dû être bien être difficile de voir que tu préférais largement les pommes luisantes à une bouteille qui pue la cave. Alors tu rattrapes la lueur d'espoir qui commençait à courir loin de toi. Il sourit, ce qui te tire une face de merlan frit. Ça t'amuse, la façon dont il parle, alors tu n'le coupes pas. Après tout, si ton truc c'est de dessiner tout et n'importe quoi, t'attardant sur les détails les plus futiles, mettant en valeur les côtés les moins intéressants de ton sujet, pourquoi lui aurait pas le droit de couper ses phrases et de faire rimer ses mots ? Un sourire vient tenter de cohabiter avec tes yeux encore écarquillés mais tu sens que les tons ne s'accordent pas. Alors tu t'adoucis, lui offres un visage plus amical et empathique puisqu'il commence à s'ouvrir à toi, lui aussi.
Cependant, tu ne comprends pas bien le message qu'il essaie de te faire passer. Alors t'imagines qu'il essaie de te faire réfléchir, tu mimes une profonde réflexion. Qui ne mène à rien, évidemment, puisque ses phrases continuent sans que tu saches où elles s'arrêtent. Tu te cantonnes aux rimes puisque tu n'vois pas ni n'entends les points. Il t'explique qu'il ne se souvient pas de toi et que c'est pas de sa faute parce qu'il y a quelque chose d’imprononçable qui lui fait oublier les visages. C'est les conclusions que t'en tires. Tu penses le croire, tu penses pouvoir te dire qu'il te raconte pas de craque parce que ça n'servirait à rien. Alors tu hoches la tête, tentant quand même de faire s'affirmer ses souvenirs sous sa tignasse en bataille. Tu lui rappelles des indices sans avoir besoin de mentionner des visages et ça semble plutôt bien marcher puisqu'il a l'air ravi. Les bestah, Rei, les paillettes. Tout ça. Tu te marres.

Son sourire rayonne jusqu'à tes lèvres et en étire les commissures vers le haut. T'aurais été déçu qu'il ne se souvienne pas de toi. T'avais même commencé à te demander s'il n'était pas un habitué du jeu d'enrager les profs, un tellement grand habitué, avec tellement de partenaires amusants, que tu t'serais perdu dans cette masse de gens, oublié dans une piscine de lycéens plus importants que toi. Sur le coup, t'aurais haussé les épaules mais en te retournant pour rejoindre ton lit d'interne, t'y aurais sûrement réfléchi à deux fois et puis t'aurais soupiré. Mais puisqu'il parle d'une maladie. Il met tout son entrain  dans ses gestes, attrapant ta main qui traînait par là dans le sable. Tu n'bronches pas, t'amusant seulement de ses exclamations et tenant un peu plus ta main histoire qu'il prenne pas peur en pensant que t'es un pantin complètement désarticulé, cerné jusqu'aux joues, blanc et froid comme la neige. Il neige pas. Mais tes mains ne sont pas réchauffées et il doit bien le ressentir.

Il prononce ton prénom et ton nom. Il te qualifie. Il te fait comprendre que tu lui avait plus ou moins manqué.

Du coup, t'es heureux. Tu lui ébouriffes les cheveux, histoire de répondre à son envie soudaine de bisou. Tu t'approches un peu plus de lui. Tu n't'intéresses plus à la mer bien que sa voix te berce encore suffisamment pour t'empêcher de taper la danse de la joie suite à ces retrouvailles grisantes. Mais le temps qu'il fouille dans son sac et qu'il commence une nouvelle phrase, moins de dix secondes, tu te laisses enivrer par le chat des vagues et leur danse, plissant les yeux pour tenter de voir le plus loin possible. Et puis il y a ce trait qui dessine une frontière foncée entre le ciel et la mer, qui te fascine. T'avais jamais vu ça en vrai, et tu t'étais toujours inventé des légendes comme quoi le ciel touchait la mer quand les sirènes se réveillaient. Ça t'fait marrer, soudainement. Ça te fait rire de voir que c'est réel. T'as beau te frotter les yeux, la ligne étrange qu'on appelle l'horizon est toujours là. Ça t'épate. T'aurais bien demandé des explications à Madeck mais on vient te déconcentrer. Un sac t'atérit sur les genoux et le garçon mentionne ton nom.

« Ça, Rainer, c’est breton,
Ce sont des bonbons.
Le coquillage vient aussi de là-bas.
Vieux, j’aurais aimé t’envoyer tout ça,
Mais ton adresse, j’la connaissais pas.
J’suis désolé mon gars »


C'est d'ailleurs un des seuls du pensionnat qui sait le prononcer à peu près correctement. T'en a un peu ta claque, des Ra-i-na-ru, Ro-i-na, Re-na et j'en passe. Rainer, même si on prononce le deuxième r, ça te va à merveille contrairement au carnage que font les nippons de ton patronyme. Alors tu te tournes vers lui. Il t'envoie des surnoms affectueux, amicaux et tu lui retournes ses sourires. Puis tu te prends au jeu de ses syllabes parfaitement ordonnées et des sons qui s'appellent d'un bout à l'autre de ses phrases. « T'inquiète pas. » Ajoutes ainsi quatre syllabes aux six qui courraient toutes seules dans sa phrase. Voilà son mini-poème terminé.

Et une fois cela fait, tu décides d'aller jeter un coup d’œil au sac dont Madeck t'as déjà révélé le contenu. Pour le coup des bonbons - si j'ose dire - t'aurais peut-être pas deviné. Pour le moment, tu laisses le paquet où il est. Puis t'attrapes le coquillage que le Breton te tend. Tu le contemples un instant. Deux. Trois. Tu le places devant tes yeux, devant la mer. Comme si tu le lui tendais. Ou plutôt comme si tu visais une cible. Mais quelque chose de gentil. Toujours. T'imagines que le semblant d'ocre du coquillage va bien avec le bleu profond de la mer. Dans ta tête, tu tentes des gluer ces deux couleurs ensemble. Et tu souris, un peu béat. Tu sais pas dire merci. « Merci. » Mais tu l'dis. Tu dis le mot. Tu penses le sens. Mais pas les deux en même temps. Même si tu tentes de le montrer à Madeck avec tes yeux, ta voix a sonné creux. Tu t'en veux. Tu te taperais sur la tronche. « Tu m'donnes envie, avec ta Bretagne. Ca a l'air bien mieux qu'ici. Et que les patelins où j'ai bien pu mettre les pieds. »

Tu pointes alors le bout de la mer. T'essaies de lui montrer l'horizon. Mais tu sais pas trop comment c'est fait. Tu ne sais même pas si la ligne est vraie ou si ce n'est qu'une effet d'optique. Et à ce moment là, tu te demandes aussi d'où vient l'effet d'optique. « Dis-moi, Madeck. Puisque tu t'es bien imprégné de la Bretagne pendant ces longs mois. Y a ça, aussi, là-bas ? » La Bretagne, tu connais pas. Tu sais même pas comment ça s'écrit. Encore moins en japonais qu'en allemand. Tu répètes ça au feeling, t'inspirant du peu que t'en as entendu parler et des mots récents de Madeck. Tu sais juste que c'est en France. Et ça t'aide en rien puisque t'es jamais allé en France.
Tu cogites alors que Madeck formule sûrement sa réponse. Observant distraitement le coquillage mais non sans un intérêt naissant, tu lis la beauté dans les gravures que la mer et le sable on bien pu y laisser. Tu lis un peu l'histoire, c'qu'on peut trouver de fascinant là-dedans. Mais jamais plus fascinant que l'horizon. Tu relèves la tête vers lui, d'ailleurs. « Dis-moi, Madeck. Puisque tu t'es bien imprégné de la Bretagne pendant ces Y a quoi, derrière la barrière ? Ça s'attrape, ça se touche ? Ca nous tombe sur la tronche ? »

Tu t'allonges dans le sable glacé, laissant ta tête pencher vers l'arrière. T'as froid, alors tu rentres des bras dans tes manches histoire de les garder au chaud dans ton teeshirt. Les yeux toujours ouverts, plantés vers le ciel grisard cette fois, t'expirer un souffle de bonheur qui apparaît transparent au dessus de son nez. Un peu blanc. Puis il s'estompe. Tout comme tes pensées négatives. T'es pas en rogne, tu railles plus et ton regard ne méprise pas.

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MessageRe: Le temps d'une énigme.- posté le Mar 15 Juil - 23:47

Le coquillage lui échappe des doigts et il ne fait rien pour le retenir. Il l’observe filer, ne pouvant s’empêcher de se demander pourquoi cette coquille et pas une autre. Pourtant, y’en avait des plus beaux, des moins déglingués, beaucoup moins délavés et des beaucoup plus originaux. Et malgré tout, c’était ce coquillage d’une banalité affligeante qu’il avait choisi. Y’a des choses comme ça qui ne s’expliquent pas. Encore moins lorsqu’on s’appelle Arthur Madeck. Avec un sourire doux, il contemple son camarade brandir le coquillage vers la mer, comme on brandit un astrolabe. Ca le fait marrer de le voir agir comme ça. Il ne le sait peut-être pas, mais des milliers de marins l’ont effectué avant lui, ce geste. Certains pour déchiffrer l’horizon, d’autres pour retrouver le chemin du port. Alors forcément, lui, ça lui plaît qu’il fasse ça, même si son bras est trop bas, son regard trop haut et son astrolabe trop imparfait. Ça lui rappelle son envie de quitter la terre ferme, de fuir ses odeurs trop lourdes, de la délaisser pour une amante plus passionnée, plus légère. Un coup de vent lui caresse alors les cheveux, il l’explique comme une invitation. Il détache son regard de l’allemand et le jette sur le littoral. Le port n’est pas loin, quelques kilomètres à peine.

Ses plans d’évasion s’enfuient. Il ne les retient pas, ils sont balayés par la voix de l’Allemand. Il le remercie un peu maladroitement, mais Arthur ne s’en formalise pas. Il sait que ses attentions sont trop souvent excentriques et que ce n’est jamais facile de gérer ça. Alors oui, il peut se contenter d’un merci vidé de toute substance. Comme on dit, c’est l'intention qui compte. De toute façon, l’Allemand met déjà le cap sur un autre sujet et débarque sur le point sensible d’Arthur ;  son pays.  Visé en plein cœur, il chasse rapidement un sourire moqueur de ses lèvres, évite de s’amuser de son accent qui bute un peu sur « Bretagne » et s’appuie davantage sur ses coudes. Ils lui font un peu mal, mais ne s’en offusque pas ; à vrai dire, c’est à peine s’il les sent. Il se contente simplement d’écouter l’Allemand et de le laisser guider son regard vers l’horizon.

« Dis-moi, Madeck. Puisque tu t'es bien imprégné de la Bretagne pendant ces longs mois. Y a ça, aussi, là-bas ? »

Sa question le surprend un peu,  le charme presque. Il reste silencieux quelques secondes, peut-être trop secoué par la poésie dissimulée derrière ces quelques mots jetés un peu naïvement. Il se laisse glisser sur ses avant-bras et attrape une à une les brides de souvenirs que l’horizon semble lui tendre. Il se souvient vaguement de l’histoire du vieux Le Gereg, celle qui lui avait raconté alors qu’ils fumaient dans le vieux port. De toutes celles qu’il lui avait contées, celle-ci avait toujours été une de ses préférées. Peut-être parce qu’elle levait gentiment le voile sur différentes vérités de l’existence. Dans le fond de sa poche, il attrape son paquet de clopes et en tire une. Il l’allume avec lenteur, comme pour rendre hommage au vieux, puis commence son récit, les yeux perdus dans l’infini :

« Oui, il est là aussi. On raconte chez moi,
Que c’est pour punir les marins que Dieu donna
Aux femmes le pouvoir de lire l’horizon,
En échange de leur précieuse séduction.
Ainsi elles purent surveiller les digressions,
Faites par les maris lors de leurs excursions.

Alors depuis, il ne nous quitte plus jamais,
C’est pourquoi tout bon marin passe ses soirées,
Affalé et enivré chez le tavernier,
Afin d’oublier qu’il y a un laideron,
Qui l’attend inlassablement sur l’édredon.
»

Il tire une taffe, souriant à la chute de son histoire. Que le vieux marin ait changé un peu la fin de l’histoire pour qu’elle embrasse sa vision machiste du monde, cela n’étonnerait pas Arthur. Mais il s’en fout, il trouve qu’elle explique bien le rôle de l’horizon, et surtout le penchant des marins pour la boisson. Alors ça lui suffit, que la fin soit belle ou non. Il tire une autre taffe, jette la fumée dans les ondulations du vent, sans vraiment se soucier où elle est emportée. Puis il entend de nouveau la voix de l’Allemand et, pendant l’espace d’une question, il a l’impression d’être l’homme le plus insignifiant du monde.

« Y a quoi, derrière la barrière ? Ca s'attrape, ça se touche ? Ça nous tombe sur la tronche ? »

Il se mord la lèvre, déstabilisé. Ce qui le désole, c’est qu’il ne sait pas ce qu’il y a derrière, même après de nombreuses années de liaison. Il s’est toujours dit qu’il était un peu comme un idéal qu’on n’atteint jamais vraiment, mais qui sert de lanterne à celui qui est perdu. Que ce soit sur la mer ou dans la vie. Il ramène ses jambes vers lui, s’y accroche comme s’éviter de chanceler, puis détourne son regard de la mer pour le poser sur le visage de l’Allemand. Il se perd un peu dans ses traits sereins, ses lèvres rendues violettes par le froid, sa silhouette engourdie par le froid.  

« Ce qu’il y a derrière ? Je sais pas.  
Ça te dirait qu’on aille vérifier ?
J’crois qu’il y a un petit port par là-bas
On peut y aller aisément à pied,
Et dérober une petite embarcation,
Pour percer les mystères de l’horizon.
»

Tandis qu’il parle du port, le jeune homme désigne d’un signe de tête imprécis une petite tâche sur le littoral, un peu plus loin sur la droite. Il s’appuie ensuite sur ses poignets et se relève. Ce n’est pas qu’il a particulièrement envie de percer tous les secrets de l’horizon en une matinée, mais l’idée de subtiliser un bateau, de courir les berges de cette île et surtout de quitter la terre pour la mer, ça, ça le motive. Et puis, il a envie de faire découvrir son monde à l’Allemand, de lui montrer qu'au-delà de la dureté du sol, il y a la douceur des vagues.
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Lewin Rainer
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MessageRe: Le temps d'une énigme.- posté le Sam 2 Aoû - 4:08

L'horizon te fascine. Tout autant qu'il fait bouillonner une montagne grandissante de questions dans ta tête. C'est vrai, pourquoi il a fallu séparer les deux bleus, et d'où on s'est permis de tracer un trait si droit entre eux, et depuis quand ils ont plus le droit d'être ensemble ? Alors que tu poses naïvement la question à ton ami retrouvé, t'y réfléchis. Tes propres paroles te font vaguement cogiter. Tu te dis que peut-être qu'ils sont trop différents pour être ensemble. Peut-être que c'est leur différence tout aussi marquée que le trait parfait qui les empêche de s'retrouver. Peut-être que lors d'un orage, d'un grondement du ciel ou d'une immense vague, celles qui vont rejoindre le ciel justement, ça a pas fonctionné. Ils se sont engueulés. Ils ont dû être séparés à jamais, tout en restant proche histoire de cuisiner une frustration. Entre eux et pour les spectateurs. Et pour faire parler les curieux. Tu construis une légende secrète dans ta tête. Tu divagues. Mais ça a bien fonctionné. T'as parlé, t'as posé la question. Bravo le trait.

Les histoires du marin en herbe t'intéressent. Contre toute attente. Tes yeux glissent sur celui qu'on appelle horizon, l'oreille attentive au récit de celui qui t'apprendra les secrets de la mer. Il t'expose ses vers avec un flegme qui te plaît. Pas celui qui désintéresse, au contraire. Pas celui qui donne envie de passer à autre chose ou de changer de sujet. Plutôt celui qui intrigue, qui donne envie de savoir, qui fait grandir la curiosité. Maintenant, tu sauras que l'horizon est réservé aux femmes et qu'il suit les hommes pour les narguer. Et que les hommes ont qu'à rester frustrés parce que de toutes façons, c'sont toujours les femmes qui gagneront. C'est à peu près la morale que tu tires de son histoire. Tu sais pas si tu comprends bien, tu sais pas s'il faut être marin pour comprendre. Peut-être qu'il faut avoir vécu la vie d'Arthur, discuté avec les mêmes gens, fumé les mêmes cigarettes. Mais tu t'en fiches. Ca te fait rêver. Et tu trouves qu'elle tient debout, sa légende.

T'es captivé. Ca faisait longtemps que la soif de savoir t'avait pas brûlé la langue de cette façon. Mille questions se bataillent pour savoir laquelle aura le droit à sa réponse. Et maintenant que tu sais - ou prétends savoir - d'où vient l'horizon, maintenant que le brun t'a doucement fait comprendre que ta légende était bidon, maintenant que tu sais que le destin du ciel est de la mer n'est pas celui d'un couple à l'eau de rose, tu voudrais savoir c'que ça cache. Si t'as la possibilité d'aller l'attraper, le toucher du bout des ongles ou si tu dois simplement rester assis à mariner dans tes questions. T'enchaînes. Tu veux savoir si le monde est le même, une fois qu'on a dépassé cette ligne trop droite qui nous nargue.
Ca te rassure, que le Breton fidèle n'ait pas la réponse. Tu commençais à te dire qu'il savait un peu trop de choses et que c'était suspect. Parce qu'il faut pas oublier que tu crois en rien, Lewin. C'est peut-être un peu pour ça que tes question sont si dénuées de sens. Au final, t'es sûrement fatigué d'n'avoir aucune réponse à quoi qu'ce soit. Puisque c'est bien plus facile d'ériger ses propres théories. C'est rassurant, en soi. Bien qu'au fond tu sais que c'est de la douce rêverie. Et une fois qu'on va explorer ailleurs, demander aux vrais pourquoi et où et comment, ça fait briller les prunelles, rougir les pomettes  et entr'ouvrir les lèvres. Parce qu'une fois que la curiosité parle toute seule, l'intérêt prend le relais puis rend infiniment les rennes à la curiosité. Et les sens s'affollent, et y a tellement de choses à savoir.

Alors dans un effort qui te réchauffe, tu te redresses vers Madeck et ses yeux charmés par la mer. Le fraîcheur du matin te gèle encore le bout des doigts et les oreilles et les pieds mais t'oublies d'aller prendre tes chaussures. Tu tentes de t'convaincre que midi arrive, qu'il va faire chaud, il va faire chaud.

« Tu sais vraiment pas ? C'est cool, les mystères, aussi. Ca fait rêver. Regarde, tant qu'on sait pas, on peut toujours se dire que... Que derrière l'horizon, il y a tous les secrets de la mer. Tous les secrets que même les marins n'connaissent pas. Et qu'à chaque fois qu'il secret est révélé, l'horizon rétrécit, ou... ou le trait est moins droit. Ou qu'il détourne le regard des marins, qu'il les laisse boire des coups dans les bars à marins sans se soucier des larmes des femmes de marins. » Tes yeux s'équarquillent puis tu fronces tes sourcils. T'oublies le début de ton histoire. Parce que tu divagues encore, 'spèce de gamin. Tes dix-huit ans, tu les fais pas mais peu importe, ça te plaît de jouer les Peter Pan. Ca t'plaît d'exposer tes théories que tu sais foireuses aux inconnus qui deviennent des amis. Mine de rien, ça fait la conversation. Ca fait surtout la relation. Tu t'demandes si y a un charme dans tes histoires, à toi aussi. Parce que toi, tu trouves ça à chier. Mais tu ris quand même. Tu t'marres parce que t'es fier de pas être de ceux qui se cantonnent à des acquis bien stricts qui, dès qu'on songe à peut-être éventuellement penser à tenter de les contredire, te disent que c'est comme ça et pas autrement. Et tu n'sais toujours pas ce qu'est le vrai "ça". Et s'il y en a un.

« T'as vu ? J'viens d'inventer un mythe. ...Enfin non, c'est pas un mythe. Parce que l'horizon, il est bien là. Mais ce qu'on en dit, on peut le tourner comme on veut. Tant qu'on sait pas, ça changera pas. »

Tu suis maladroitement ses pas. Le sable gelé t'empêche de marcher correctement, tu chancèles presque. Ca, plus ta moue enfantine, ça te donne l'air d'un parfait attardé. Ou d'un zombie, si on regarde tes lèvres violettes qui font rappel de couleur avec tes cernes d'un violet dégueulasse, ta peau pâle et tes cheveux foncés. T'as aucune crédibilité. Mais après tout, c'est pas toi le marin. C'est pas toi qu'on doit regarder d'en bas, de sa toute petite taille d'enfant qui apprend encore à poser les questions. Encore heureux, on n'doive pas te regarder, Lewin.
Puis ici, c'est pas toi qui sais. T'es l'élève qui veut savoir et qui n'se lasse de rien. C'est dans ces moments là que tu réussis à perdre ta conscience. Tu fermes les yeux sur sa destination parce que tu t'en contrefous et d'ailleurs, tu sais même pas qu'elle s'enfuit. Elle te laisse tout seul avec la réalité, elle prend des mini-vacances, trop fatiguée de ton âme dégueulasse. Il fait pas toujours bon y vivre alors ton assurance s'envole, t'intimant que pour l'instant, t'as plus besoin d'elle.

Même si tu laisses les mystères rester des mystères, t'es pas contre l'idée d'aller explorer, d'aller au moindre voir ce qui te fascine de plus en plus. Tu suis Madeck sans broncher, heureux qu'il t'amène vers son monde même si cette plage lui semble sûrement être une pale imitation de celles qu'on peut trouver en Bretagne. Mais t'iras voir, t'iras voir. Tu lui laissera la liberté de te raconte ce qu'il veut, peu importe que ce soit des bêtises, des légendes et des histoires qu'il a chopées dans le train-train du bouche à oreille. Tant que ce ne sont pas des mensonges. Et ça n'sera pas des mensonges. Parce que dans son regard, y a les étoiles qui disent que quand on sait pas, c'est tout aussi enrichissant de laisser planer le mystère. Et ces étoiles, il te les fait lentement parvenir. Sans même que tu t'en rendes compte.


hRP : J'sais pas si tu voulais qu'on s'arrête ici, en fait. T'avais l'air de penser à clore le rp la dernière fois qu'on en a parlé, du coup j'ai tenté d'laisser ouvert aux deux possibilités. Si j'ose dire. Donc fékomtuve, vois si on clos avec ma réponse, si tu clos avec la tienne ou si on attend encore quelques réponses.

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Dernière édition par Lewin Rainer le Mar 9 Sep - 0:01, édité 1 fois
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Arthur Madeck
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MessageRe: Le temps d'une énigme.- posté le Dim 3 Aoû - 17:43

Les doigts légèrement engourdis, il ramasse tranquillement son bordel. Il passe sa sacoche sur son épaule, porte ses chaussures d’une main, attrape son instrument de l’autre. Il plonge ensuite ses pieds dans l’eau, pour lutter contre le vent qui les dévore. C’est le vieux qui lui a appris ça lorsqu’il était gosse. Il lui avait dit que l’eau réglait tous les problèmes, même la douleur. A cette époque, le jeune Madeck n’avait pas vraiment saisi le message, mais il avait cru à ses paroles. De toute façon, le mioche croyait tout ce que lui racontait le vieux loup de mer. Et sur ce coup-là, il avait eu raison de boire ses paroles : sa méthode fonctionne vraiment. Il ne sent plus les brûlures du vent, seulement la chaleur diffuse de l’eau sur ses pieds endoloris. Il conseillerait bien à l’Allemand de faire pareil, mais il oublie. Il zappe complètement parce qu’il lui parle de la mer, des marins, des femmes, des bars. Il l’embarque à mille lieues des pieds gelés et du vent glacé, pour le noyer dans son propre univers. Alors il l’écoute, ne l’interrompt pas, acquiesce seulement quand il faut, imaginant à son tour ce qui pourrait se cacher derrière l’horizon. Il imagine l’Utopie, l’île idéale de Thomas More, celle où tout est parfait. Puis il dérive sur une comparaison pourrie avec le temps qui court, qui meurt toujours plus loin, qui ne se laisse jamais rattraper. Et quand il se rend compte de la superficialité de sa pensée, il la lance quelque part vers le ciel, histoire de s’en débarrasser au plus vite. Il préfère l’idée de l’Allemand, divague sur celle d’un vieux compagnon de comptoir qui te regarde boire avec conciliation, sans t’emmerder avec des reproches. Qui est même le plus fidèle des complices dans tes conneries. Oui, cette idée plaît carrément au Breton. Il dessine un fin sourire sur ses lèvres, puis jette un regard vers l’horizon. Il se dit que c’est quand même une chance qu’il ne parle pas. Parce que si c’était le cas, il aurait plein d’histoires à balancer sur lui. Bien sûr, il y en aurait des jolies et même des très belles à raconter, mais il y en aurait surtout des sacrément dégueulasses. Il se perd quelques instants dans ses souvenirs, puis hoche la tête. Oui, heureusement qu’il ne parle pas.

« T'as vu ? J'viens d'inventer un mythe. ...Enfin non, c'est pas un mythe. Parce que l'horizon, il est bien là. Mais ce qu'on en dit, on peut le tourner comme on veut. Tant qu'on sait pas, ça changera pas. »

Il sourit largement, enchanté par l’esprit de son pote. Il aime l’idée qu’ils puissent modeler les choses comme ils les souhaitent, sans se soucier d’un semblant de la réalité, sans s’appuyer sur autre chose que leurs rêves.  Ça le change de la frustration des adultes, de l’amertume des biens pensants et de tous ceux qui l’emmerdent avec leurs grandes théories. Avec l’Allemand, il se sent libre de penser ce qu’il veut, de construire des tas de choses et de donner un sens à tout ce qui n’en a pas. Il se sent libre, simplement. Alors forcément, ça lui colle un grand sourire sur sa gueule de Breton et ce, malgré le froid qui l’oblige à enfoncer son visage plus profondément dans sa veste.

« J’aime bien ta façon de penser, Rainer. »

Et il lui sourit, perd ensuite son regard sur sa silhouette étranglée dans ses fringues, s’arrête finalement sur sa démarche singulière. L’Allemand tangue, dérive presque, et manque à chaque pas de s’échouer sur le sable. Arthur fronce légèrement les sourcils. Visiblement, personne n’a dû lui expliquer où poser les pieds pour éviter que le sable se joue de son inexpérience. Même lui n’y a pas songé une seconde. Faut dire que pour un Breton, c’est naturel, presque inné de marcher dans le sable : après tout, ils sont nés les deux pieds dedans. Alors forcément, leurs talons sont habitués à dompter l’instabilité du sable. Plus que d'essuyer ses godasses sur une terre ferme, en tout cas. Ralentissant son pas, il se glisse derrière l’Allemand et le pousse doucement vers l’eau.

« Marche là, c’est moins galère. »

Délaissant le sable humide pour le sable sec, il laisse l’Allemand apprécier la stabilité du sable mouillé et la chaleur de l’eau salée. Lui préfère planter son regard dans le sol, suivant religieusement les empreintes déjà gravées dans le sable. Parce que c’est la technique pour éviter de se fatiguer, pour éviter de se lasser trop vite des irrégularités du sol. Et puis, il jette un regard vers l’Allemand, curieux de découvrir si la mer ne le déçoit pas trop. Il voudrait y lire de l’admiration, de l’intérêt et pourquoi pas, une passion insoupçonnée. En fait, rien qu’un mince filet tendresse, ça le contenterait. Ca le changerait des lueurs de dégoût qui tarissent le regard de sa sœur. Mais il n’a pas le temps de chercher sa réponse, les lèvres violettes de l’Allemand balaient d’un revers ses interrogations. Il a l’air frigorifié. Arthur se mord la lèvre, puis passe ses doigts dans la poche intérieure de sa veste. Le vent qui s’engouffre dans ses manches le fait un peu serrer les dents, mais il finit par attraper ce qu’il cherche. Du bout des doigts, il tend à l’Allemand une petite fiole argentée. Ca, c’est encore un héritage du vieux, encore une mauvaise habitude qu’il lui a refourgué.  Mais il n’empêche que ça n’a pas son égal pour lutter contre un froid mordant. Alors, à défaut de pouvoir lui prêter sa veste, le Breton lui prêtera au moins son alcool.  

« Prends en quelques gorgées,
Ca va te réchauffer.
»

Pour sûr, ça va le remonter. Ce whiskey, il l’a chopé dans un repère de flibustiers en Bretagne, le Trou du Diable. Il y avait été dès son retour du Japon, histoire de s’abreuver des derniers ragots. Comme d’habitude, ça grognait contre le système, ça chialait contre les quotas de pêche, ça levait le poing contre les plaisanciers, ça insultait les femmes. Il avait retrouvé avec plaisir cet univers et s’était vite tapé la discute avec un Irlandais échoué sur une des tables du bar. Il avait bien bu l’Irlandais. Mais Arthur aussi, alors ils avaient grogné ensemble contre le capitalisme, les hommes d’état, avaient trinqué à l’indépendance de leur pays respectif et s’étaient quittés en échangeant leur bouteille, comme pour sceller leur nouvelle amitié. Il s’était donc retrouvé avec une bouteille de whiskey irlandais distillé trois fois. Le boire, c’est comme recevoir un coup de fouet en pleine gueule.  Et c’est précisément pour cette raison qu’il le tend à l’Allemand. Avec ça, le froid ne sera plus qu’un mauvais souvenir.
Tandis qu’il laisse l’Allemand faire ce qu’il désire de son remède miracle, Arthur jette un coup d’œil vers le port. Les mâts se dessinent plus clairement, il distingue même les noms gravés sur les coques. Sous sa veste, un léger sourire se dessine. Il accroche son regard d’une coque à une autre, le glisse d’une voile à l’autre, puis le perd finalement sur les rives de la petite ville. Au loin, il distingue une enseigne qui ressemble à celle d’un café. Il change alors de cap, se dirigeant vers lui. Il se dit qu’il doit bien ça à l’Allemand. Parce que si lui est accoutumé à recevoir les baisers acharnés du vent, il imagine qu’un type qui n’en a pas l’habitude doit vite se lasser de se faire avaler la peau par le sel.

Dans le café, il prend deux boissons chaudes à emporter. Il ne résiste pas non plus aux croissants qui lui font de l’œil dans la vitrine. Il sait qu’ils vont sûrement le décevoir, parce qu’il ne les aime qu’en France, mais il s’en paie quand même quelques uns. Parce que de toute façon, partir en mer le ventre creux, ce n’est pas la plus brillante des idées. Puis il sort de la boutique, donne une des boissons à l’Allemand et lui fait signe de venir s’asseoir au bord du quai.
Les pieds volant au-dessus des flots, il tend le paquet rempli de croissants à l’Allemand, lui intimant d’en prendre un. Il plonge ensuite son regard dans la vie du port. Il aperçoit quelques voiliers se battre avec les flots, quelques bateaux de pêcheurs se faire engloutir par des coquillages et surtout, des saloperies de bateaux de plaisance briller par leur manque d’originalité. Il grimace un peu. Il se demande bien qui est le crétin qui a pensé à foutre un moteur sur un bateau. Les doigts littéralement collés à son gobelet, comme pour en gober le maximum de chaleur, il tourne alors son regard vers l’Allemand.  

« Alors, y’en a un qui te plaît ?
Moi j’aime bien c’voilier.
»

Et il désigne du menton la petite Goélette en bois au fond du port. Au fond, il espère que cette petite merveille appartienne à un des ces riches connards qui loue un bateau, juste histoire de. Parce qu’Arthur obéit à une de ces lois implicites qui veut qu’un marin ne pique jamais le bateau d’un autre marin. La femme, pourquoi pas, mais pas le bateau. Il soupire légèrement. De toute façon, il aura juste à vérifier l’état du nœud coulant pour avoir sa réponse ; un marin d'eau douce est incapable de le tresser correctement.

[Hrp : Hm, je parlais sûrement d'un de nos RPCBMP. Parce que ce topic, je l'aime bien. Donc je suis d'avis qu'on le continue... Parce que j'ai envie que t'embarques sur la gondole d'Arthur... /shot]
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MessageRe: Le temps d'une énigme.- posté le Dim 10 Aoû - 1:28

L'énigme de l'horizon persiste, mais la légende qu'il vient d'inventer adoucit un peu le mystère. Et puis Lewin prend l'appréciation du Breton comme un grand compliment, parce qu'il ne savait pas qu'on pouvait bien penser sans vraiment réfléchir. Ses pieds tâtent encore le sol gelé, il observe Madeck du coin de l'oeil. Un d'ces quatre, il réussira peut-être à trouver le pourquoi du comment les marins n'ont pas froid. Pourquoi Madeck n'a pas froid, surtout. Pourquoi rentrer le nez dans ses fringues lui suffit alors que Lewin a l'impression d'avoir perdu ses pieds dans un coin du sable. Un instant, il a cru qu'il avait trouvé la réponse, puisque Madeck le pousse vers ce qui, pour lui, paraît être une solution. C'est la mer du Breton, qui le fascine. C'est tout ce qu'il raconte dessus, quand il parle d'elle comme d'une femme inatteignable, quand il raconte ses histoires de solitaire avec cette femme invisible mais qu'il semble trop bien connaître. Cette mi-mère mi-amante qu'il chérit profondément sans jamais lui trouver le moindre défaut. C'est les mots, qu'il veut entendre ; pas les vagues qui s'écrasent contre ses pieds. Il grimace légèrement au contact de l'eau gelée qui lui brûle la peau. Mais puisque Madeck le dit. Puisque Madeck le sait.

Et puisque Madeck est au courant de tout, Lewin attrape aussi avec entrain la fiole qu'on lui tend. Il l'observe un instant. Mais pas d'emballage, pas d'indication de provenance. Seulement la couleur de la mini-bouteille qui fait briller ses yeux. Alors il se dit que c'est encore mieux si c'est fait maison et en avale fièrement une bonne gorgée. Allez savoir, il a dû prendre ça pour une potion magique quelconque, genre un truc qui fait grimper la température corporelle par une évidence qui lui aurait échappé. Logique, ouais. Il manque de faire tomber la précieuse bouteille, resserre ses doigts glissants dessus et se tord sous la surprise de sa tête doublée de la réprobation de sa gorge. Putain d'merde, Madeck, t'aurais pu prévenir. C'est comme si j'te donnais une cuillère de wasabi en te faisant croire que c'est ma toute nouvelle purée de courgettes ? Rah, saloperie, il tousse, il se tient le bide, il fronce le nez parce que cette boisson vient presque-littéralement de lui arracher la gorge. « Non, Madeck, là j'ai l'impression d'avoir avalé une gorgée de mon désinfectant. » Il ne précisera pas qu'il parlait du désinfectant pour chiottes, parce que peut-être que ça brûle pas autant. Et peut-être que ça vexerait Madeck. Et il veut pas, surtout pas. Il a encore tellement à apprendre. Il est persuadé que son ami pourrait lui conter des romans par milliers, empiler des livres de contes, ceux dont on n'se lasse pas parce qu'on refuse de ne pas y croire. Il y mettrait ses doigts, puis même sa main au feu, que les histoires du Breton sont comme ces contes qui perdent leur sens au fur et à mesure qu'on en perce les mystères.

« C'est une potion magique pour le froid, c'est ça ? » Ses yeux sont rieurs et son sourire espiègle. Finalement, sa conscience a repris le dessus et non, définitivement non, c'est pas magique. Potion ou pas, ça fonctionne sûrement pas par le bon-vouloir d'un quelconque Merlin aux origines Bretonnes.

Sa gorge le brûle mais ça l'occupe. C'est vrai, que ça réchauffe. Peut-être que s'il avait tout recraché, il aurait pas eu le coup de chaud magique qui rend l'eau agréable et le sable doux. L'après-souffrance dessine un fin sourire sur ses lèvres alors que ses yeux se montent vers le ciel. Et il fait échouer son nez sur les bords de la fiole, histoire d'appréhender l'odeur du liquide qu'elle contient. Il cherche, il prend son temps, observant distraitement les courbes des bateaux qui grandissent devant ses yeux. Ca lui rappelle l'odeur des alcools des papys, plus que celle du nettoyage des toilettes, finalement. Il sourit en grimace, pas trop fier de sa comparaison. Se dit qu'il aurait pu chercher plus loin avant de cracher sa surprise, contenir un peu son impulsivité. Et il voudrait faire part de sa trouvaille à Madeck, lui demander si c'est vraiment de l'alcool de grand-père mais l'Breton s'est éclipsé. Autant vérifier par soi-même. Maintenant qu'il sait, il reste sur ses gardes, glisse le bout de son index sur les parois du goulot et suçote ce qu'il a récolté. Un fois de plus, son nez se retrousse tout seul et décidément, c'est dégueulasse même si ça donne effectivement cette impression de chaleur. Alors c'est bien comme chez les grands-pères. C'est même un peu mieux. Mais il sait pas pourquoi. Si vous lui demandez, il se contentera sûrement d'hausser les épaules histoire d'envoyer balader votre question débile puisque la réponse est évidente.

« Alors, y’en a un qui te plaît ? Moi j’aime bien c’voilier. »

Alors c'est ça, un voilier ? Il hausse ses épaules. Il n'a pas le droit d'être critique là-dessus. C'est comme si un agent de sécurité allait vous donner des leçons sur les bergers et comment rentabiliser leurs moutons. C'est absurde. Lewin, c'n'est ni un gars de la sécurité ni un berger mais il sait très bien que tout c'qu'il voit d'un bateau, c'est une voile et une coque. Il tente quand même de comprendre c'que Madeck trouve de mieux à celui-là qu'aux autres. C'est vrai qu'il est joli. Mais lui aussi. Et l'autre aussi. Et lui, là-bas. Et lui, juste en face. Et lui, et lui, et lui. Si on commence comme ça, la table, le béton, l'enseigne de la boulangerie sont jolis aussi. Lewin n'a aucune notion d'tout ça. Alors il se donne un peu de temps pour réfléchir, tendant la fiole grise à Madeck. « Tu bois toujours ça, quand t'as froid ? » Et encore une fois, l'air gelé le fait frémir mais il s'efforce d'imaginer que l'alcool lui brûle encore l’œsophage et y coule comme un tout petit ruisseau, qu'il finit par réchauffer son corps entier. Il aimerait bien rester concentré là-dessus, coincé sur cette pensée qui lui donne presque l'impression qu'il a encore la fiole aux lèvres mais les vagues qui claquent doucement contre le port l'intéressent trop pour qu'il reste plongé dans ses pensées. Il préfère tenter de comprendre comment sont faits ces grands trucs. Et pourquoi des voiles. Et pourquoi cette couleur. Et pourquoi cette taille.
Puis il pique un croissant à Madeck, mord dedans tout en en choisissant un au pif (le narrateur y connaît rien non plus donc j'peux pas trop te décrire). Il le lui indique d'un vague geste du menton. Mais il est quand même plus beau que les autres, c'ui-là. « Lui, là. » Sans spécialement attendre sa réponse, il s'avance beaucoup plus près, en appréhendant toutes les courbes avec un regard d'enfant, mâchant son pseudo-croissant. Y a plein de trucs qu'il ne comprend pas mais il veut pas demander à Madeck parce qu'il veut découvrir petit à petit. Essayer d'comprendre tout seul. Il s'imagine déjà à bord. Il rêve déjà.
Puis il se penche sur l'eau du port et grimace en voyant sa tronche. Elle est pas aussi belle que celle dans laquelle il a mis les pieds. « J'suis sûr que tu pourrais me raconter son histoire rien qu'en y jetant trois coups d’œil. » Il lui lance un petit sourire en sirotant la boisson que le Breton lui a rapportée. Et avec sa bouille d'enfant, il attend aussi que Madeck lui explique en long en large et en travers tous les pourquoi des comment du bateau.

Puis, comme pour faire honneur à son cadeau, Lewin sort de sa poche le coquillage que le Breton lui a rapporté de sa mer native. Il l'observe un instant, une minutes avant de lever le bras et de l'approcher de son bateau préféré, comme pour en comparer les deux teintes. Ce sont presque les mêmes. Une moue satisfaite vient élire domicile sur sa face figée par le vent glacial. « Tu vas m'emmener aussi loin que t'as trouvé ce coquillage, Madeck ? » Ses yeux restent concentrés sur les deux couleurs, tentant de rapprocher les teintes mentalement. « Un jour, je saurai tellement de choses sur la mer que quand tu me raconteras tes voyages, ça fera comme si j'étais venu avec toi. Même quand j'serai un vieux paysan, j'entendrai l'écume s'échouer sur tes plages. » Ca, c'est pas un mythe. Il compte bien avoir assez de morceaux de la vie de Madeck pour réussir à les mettre bout à bout et même s'il n'aura jamais autant de réponses que de questions, il arrivera bien à sentir le sel et le vent sur son nez, même coincé entre les épis d'orge et de blé.

IL se brûle la gorge avec sa boisson chaude. Ca fait plus mal que l'alcool mais ça réchauffe pendant plus longtemps. Le liquide qu'il sent couler dans son estomac vide le fait grimacer, parce qu'il a l'impression qu'il a rien avalé depuis trois jours. Et il brandit son coquillage une nouvelle fois vers l'horizon, fermant un oeil histoire de mieux comparer leurs deux tailles. Peut-être qu'ici, c'est différent de tout à l'heure. Il tente de voir des montagnes mais ne les trouve pas. Peut-être que l'horizon est assez fort, assez grand pour les cacher, ses montagnes. Et il ne sait plus dans quelle direction il doit regarder pour retrouver ses collines à lui. Puisque même si l'horizon est trop imposant, Lewin, saura les imaginer. Avec ou sans coquillage, d'ailleurs. Il est tout petit, le trait mer-ciel, derrière le coquillage. Il devient ridicule et dans sa tête, il remet l'histoire de Madeck en question. Il ne se le serait pas autorisé, s'il avait pas vu la grandeur du coquillage et la petitesse de l'horizon. Tout se mélange, alors. Ca a ni queue ni tête, cette histoire. « Ca me manque toujours, de m'en aller. »

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Arthur Madeck
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MessageRe: Le temps d'une énigme.- posté le Sam 16 Aoû - 19:49

Son esprit divague d’une coque à l’autre, puis plonge dans l’eau croupie du port. Les sourcils froncés, il la regarde se déhancher sans pudeur sur les corps des bateaux échoués sur le quai. Il ne pourrait expliquer pourquoi elle hante ainsi sa vie, pourquoi il ne peut rester loin d’elle plus d’une journée, alors qu’elle ne lui offre qu’une vague odeur d’algues séchées, de vieux tabac et de sel souillé. Alors qu’elle ne lui donne que ses ondulations, sans jamais s’abandonner aux sentiments. Il ne pourrait pas l’expliquer. Alors il profite simplement du spectacle de ses charmes, sans se poser trop de questions, écoutant seulement ses remouds se tordre sous ses pieds. Puis, comme pour ne pas interrompre sa danse, il attrape un croissant sans un bruit, le hisse délicatement à ses lèvres et attend quelques secondes avant d’en prendre une première bouchée. Il ne voudrait pas que la Mer croit que ses ondulations ne suffisent pas à le rassasier. Alors il attend son autorisation dans un murmure, un remoud ou un clapotement. Et quand finalement il l’obtient, l’Allemand lui rend sa fiole argentée. Le croissant attendra. Il la rattrape sans se presser, les gestes irrémédiablement alourdis par la douceur de l’instant, puis desserre délicatement le bouchon. Il fait glisser un peu de son contenu dans son café et éclaire son visage d’un mince sourire. S’il boit toujours cette potion ? Il élargit lentement son sourire, se rappelant alors que l’Allemand ne connaît rien à son monde, à ses habitudes de marin breton un peu pommé. Et ça lui plaît, parce que lui, il aime raconter. Il aime partager ses croyances, rêver à deux et construire son bonheur à coup d’utopies.  Alors il va lui raconter son monde s’il en a envie, s’il veut rêver un peu avec lui, s’il a le temps de rester quelques instants le nez planté dans les étoiles. Il mâchouille distraitement sa pâtisserie et il se décide enfin à répondre à sa question :

« Seulement quand je suis en bonne compagnie.  

Il agrandit encore son sourire, puis lui tend son verre. Arthur, c’est pas le genre à être dédaigneux, à refuser de toucher c’qui a déjà été souillé par un autre. Il s‘en fait pas avec ces questions de salubrité. En fait, ce serait plutôt à l’autre de redouter le moindre contact avec le Breton. Parce que si la mer est aussi crade dans les ports, c’est bien qu’il y a une raison. Haut comme trois pommes, il se demandait déjà pourquoi la Mer était si jolie au large, si laide en marge des bars. Un jour, il avait demandé au Vieux. Il lui avait répondu que seuls les vrais marins savent. Et que s’il ne savait pas, c’est qu’il n’était pas un vrai fils de l’eau. Il était revenu chez lui le cœur plein de larmes, sans réponse. Et puis il avait grandi, avait passé un milliard d’heures à la regarder agonir sous ses yeux et le vieux l’avait laissé faire, sans l'aider. Il fumait seulement sa pipe sans se presser, regardant vaguement la Mer avec ses yeux un peu délavés d’avoir trop trempé dans l’eau. Et il avait finalement fini par comprendre. A réaliser que si l’eau est si sale au port, c’est parce qu’en revenant de leurs voyages, c’est le tout premier bout de terre que les marins foulent du pied. Alors ils y déposent toutes les crasses qu’ils ont accumulées durant leur traversée : l’alcool, les femmes, le tabac, les neiges d'été (HEHE), tout est balancé. Et comme six mois de voyage c’est long, l’eau ne peut qu’en ressortir trouble.
Cette théorie a beaucoup plu au Vieux. Et lui, il en a conclu que les marins sont des beaux salops. Et que si pute est le plus vieux métier du monde, marin l’est tout autant. C’est même à se demander si les putes ne sont apparues juste parce qu’il y avait des matelots. Ou l’inverse. Après, faut pas s’étonner que l’eau soit aussi dégueulasse.

Tu veux goûter ? C’est comme de l’Irish coffee.
».

Le verre tendu vers l’Allemand, il observe le bateau qu’il lui désigne d’un signe de menton. Il s’en approche lentement, détaillant sa coque, sa tenue dans l’eau, ses voiles maladroitement attachées aux mâts. Et il croise l’émerveillement de l’Allemand. Ça lui fout un coup de poing dans le ventre, ça lui rappelle la première fois où il a embarqué sur la mer, où il a su qu’il pourrait enfin caresser du regard sa liberté. Que pour une fois, il était libre d’aller où il voulait, qu’il était libre de se barrer loin, très loin, si ça lui chantait. Et que pour une fois, il tenait sa vie en main. Il sourit ; il espère que l’Allemand trouvera sur le pont de ce bateau, l’horizon qu’il souhaite tant apprendre à connaître. La tendresse au bout des lèvres, il observe tranquillement les traits de l’Allemand, puis analyse le nœud qui retient le voilier . Il est mal tressé. Il grimace un peu ; foutus plaisanciers. Et, comme si le Germain l’avait remarqué, il lui glisse une affirmation quant à ses capacités à lire l’histoire de ce bateau. Il hausse légèrement les épaules ; il pourrait, mais il ne saurait par où commencer. Il pourrait bien lui expliquer que ce bateau ne va pas à plus de cinq à dix nœuds (9 à 18 km/h), mais que s’ils se démerdent bien, si le vent est avec eux, ils pourraient peut-être atteindre les douze nœuds (22km/h). Il pourrait même lui expliquer que son choix est sûrement un peu risqué pour une première fois sur la mer. Parce que les voiliers ont cette faiblesse d’avoir la gîte* la plus élevée (*gîte : degré d’inclinaison du bateau à tribord ou bâbord. C’est environ 20°c pour un voilier). Il pourrait aussi lui dire qu’il risque d’avoir le cœur au bout des lèvres lorsque le Breton va devoir changer le centre de gravité du bateau et le faire flancher à tribord pour réussir à prendre de la vitesse. Mais tout ça, il ne veut pas lui dire. Parce que ce n’est que de la technique, mais surtout parce qu’il veut le laisser découvrir tout ça par lui-même. Alors il se contente de sourire.

« Déjà, il n’est pas à un marin.
Y’a juste à voir le nœud qui l’retient.
Mais pour le reste de son histoire,
On va la créer, la concevoir.
»

Et il lui adresse un petit clin d’œil. C’est vrai, pourquoi créer une histoire tout seul, alors qu’ils peuvent la bâtir tous les deux, juste en fuyant la terre ferme pour embrasser le large. Sans se presser, il se baisse vers le nœud d’amarrage, pose un genou à terre et tire sur la corde. Comme prévu, elle ne se détache pas. Foutus plaisanciers incapables de faire un nœud correctement. Il soupire légèrement, détresse ce nœud de chaise si mal effectué, puis tresse un nœud de mule en quelques gestes légers. Ce nœud aura l’avantage de se détacher dès que l’un d'eux tira sur le bout. Pratique et rapide, surtout quand il s’agit de voler un bateau. Bien sûr, il aurait pu utiliser d’autres sortes de nœuds s’il l’avait voulu ; parce qu’avec les 78 nœuds marins existants, c’est pas le choix qui manque. Mais lui, c’est celui-ci qu’il préfère. Sans doute parce que c’est celui que sa sœur prenait toujours un malin plaisir à détacher, le regard pétillant de malice. Il n'empêche que c’est grâce à ses conneries de gamine insupportable qu'elle lui avait appris, sans même le vouloir, à s'user les doigts sur les cordes et à les faire se tordre en quelques secondes dans la position désirée. Et petit à petit il les a tous appris, ce qui lui a ensuite donné plusieurs occasions d’être le gabier* d’un équipage (*gabier : matelot chargé de la manœuvre des voiles et spécialisé dans les nœuds). Et ce rôle, il s'en accommode très bien, sûrement parce que c'est le seul boulot qui l’autorise à monter vers le ciel, sans que personne ne vienne l'emmerder, sans qu'autre chose que les voiles qui claquent viennent l'arracher de ses rêveries. Et pour un corps aussi léger et agile que celui d’Arthur, se hisser sur les mâts pour détacher les voiles, c'est naturel, sans accroche. À croire que cette place n’a été créée que pour lui.

« Tu vas m'emmener aussi loin que t'as trouvé ce coquillage, Madeck ? »

Il sourit avec douceur. Pourquoi pas. Après tout, la Bretagne n’est que de l’autre côté, à quelques semaines à peine de navigation. Cette idée le charme ; il aurait envie de lui répondre que oui, qu’il l’emmène en Armorique, qu’il le transporte là où la mer ne dort jamais, là où elle se cogne contre les falaises pour oublier que ses fils sont des salopards. Là où il ne pleut que sur les cons, là où se cachent des créatures mystiques qui ne sortent qu’à la pleine lune, là où les filles sont belles, là où les champs de blé se reposent au sommet des parois rocheuses. Là où aucun nuage n’existe. Il soupire légèrement ; il aurait tellement voulu lui répondre que oui, il l’emmène. La mine peu sombre, il balaie le large du regard et observe les flots se noyer dans l’horizon.

« Un jour, oui.
C’est promis.
»

Et il lui sourit, comme pour sceller silencieusement cette promesse. Il ne fait que l’élargir lorsque l’Allemand évoque leur avenir. L’un en tant que marin, l’autre comme paysan. Ca en ferait sûrement crever d’effroi n’importe quel riche connard, sa mère la première. Mais lui, ça lui fout des étoiles dans les yeux. L’idée de garder à jamais les pieds dans l’eau, c’est son paradis. Alors il s’épuise à sourire, le nez levé vers le ciel. Il se jure alors que même lorsqu’il sera un vieux marin, que sa peau sera brûlée par des milliers de journées en mer, que ses yeux seront tout aussi délavés que celui du Vieux Le Garrec, que ses mains seront usées par le sel et le chanvre, il aura encore la force de lever les yeux vers les étoiles. Qu’il aura encore la force de les écouter chanter les aventures de son ami allemand. Il sourit en silence, séduit par ce mince sentiment d’éternité. Il s’imagine déjà sur son bateau, celui qu’il rêve de construire de ses mains, allongé sur le pont. Il sent déjà ses doigts se serrer derrière sa nuque, ses yeux chatouiller les étoiles, son corps se laisser bercer par leur douce lueur. Et ça lui plaît.
Ce n’est que lorsque l’Allemand lui fait part de son envie de voyager qu’il se décide à laisser les étoiles là où elles sont. Il les retrouvera plus tard. Il retombe sur terre et jette un regard vers au brun. S’il a envie de partir loin de cette réalité un peu grise, il est tombé sur la bonne personne. Parce qu’Arthur ne sait faire que ça, voyager. Alors, si c’est la seule demande de l’Allemand, il s’empressera de la combler et de partager avec lui son monde, ne serait-ce que le temps d’une énigme.

« Dans ce cas, il est temps de partir. »

D’un geste du menton, il désigne la bitte d’amarrage.

« Tire sur la corde, l’nœud va se désunir. »

Il jette un regard à l’Allemand. Il suspend ses gestes, y’a un détail qui accroche son regard, un truc qui cloche. En un clin d’œil, il comprend ce qui l’ennuie et enlève lentement sa veste de marin. Il la lance ensuite vers l’Allemand ; parce que s’il a froid sur le port, il va geler dès qu’ils auront pris le large. Il sourit légèrement et glisse, comme on lance une excuse :

« Quitte à t’faire découvrir le monde marin,
Autant faire semblant que tu en es un.
»

Dans un sourire, il saute sur le pont du bateau, sans attendre une réponse de l’Allemand. Sa veste, elle n’est pas négociable. Les pieds sur le bois, il redécouvre avec plaisir les sensations du bateau qui tangue sous ses pieds, l’impression que le ciel bouge, l’odeur de bois travaillé. Et ça lui met du baume sur son cœur de breton malmené par la brutalité du sol nippon. Le pas léger, il se dirige vers le gouvernail et cherche ce qui pourrait remplacer sa veste perdue. Il trouve des gants, un pull et une casquette de marin. Il sourit et, sans se presser, il enfile les gants et le pull sentant le sel souillé. Ca change de l’éternel costard croque-mort dont sa mère lui a fait prendre l’habitude. Il se rapproche ensuite vers le bord du bateau, jette un regard vers l’Allemand, prêt à attraper son bras s’il ne parvient pas à sauter correctement sur le pont. Parce qu’on ne sait jamais, tout le monde n’est pas né les pieds dans l’eau.

Une fois à bord, il ne peut s’empêcher de lui enfoncer la casquette de marin sur la tête, un fin sourire aux lèvres.

« Tiens, martolod*
Bienvenue à bord
» (*Martolod : matelot en Breton.. 8D)

Ca l’fait marrer de le voir en matelot. Ou plutôt en capitaine, parce que malgré les gallons de mousse qui glissent sur ses épaules, il a plus l’allure d’un capitaine que celui d’un matelot. Sûrement l’air allemand qui fait ça. Il sourit un peu plus. Parce que de toute façon dans son monde, il sourit toujours. Y’a plus d’enfer, plus de questions plus de tracas qui pourrissent son existence. Il n’y a plus que la douceur de la Mer, ses caresses et ses rêves d’ailleurs.
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Lewin Rainer
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MessageRe: Le temps d'une énigme.- posté le Lun 8 Sep - 23:44

Arthur lui explique son monde, lui expose toutes les merveilles de ses origines. Mais les étoiles dans les yeux de Lewin sont constamment distraites par tout ce qu'il peut atteindre du regard et  tout ce que ses cinq sens peuvent bien tenter de lui montrer. Il découvre. L'horizon, le froid dans son cou et sur le bout de ses doigts, le bruit des minces vagues qui embrassent la coque des bateaux, le goût de l'alcool qui reste dans la gorge et l'odeur du morceau de mer qui s'offre au port. Il y a trop de choses à voir, à sentir, trop de sons nouveaux trompent son ouïe, trop d'odeurs à reconnaître et même ses papilles sont distraites. Il a l'impression d'être l'enfant qu'on autorise un peu secrètement à monter dans le manège. Il est le gamin à qui on demande de monter sur la scène, le seul, sans vraiment lui assurer que c'est vrai, en le laissant se rendre compte que le monde entier peut être touché du bout des doigts, que même l'inatteignable s'effleure du regard, que les choses qui n'existent que dans les films peuvent soudainement se trouver sous tes yeux, danser seulement pour toi, amadouer ta curiosité pour te prouver que rien n'est plus beau que ce qu'on ne connaît pas déjà. On pourrait créer un roman avec les questions et interrogations de Lewin. Avec tout ce qu'il garde pour lui, tout ce qu'il attend de comprendre pas lui-même. Lewin n'est pas de ceux qui n'aiment pas ne pas comprendre du premier coup. Son sourire mi-béat mi-doux attend simplement d'observer le liquide mystérieux du marin couler dans sa tasse, le nœud se défaire, le bateau glisser au loin. Encore et encore, l'horizon et les vagues sur lesquels ce dernier pose un regard serein seront une énigme interminable.

Il sourit en haussant vivement les épaules. C'qui lui arrive bien trop rarement, pour ne pas dire jamais. Il laisse ce petit instant de flatterie le sortir de ses rêves. Il se sent unique et ça le réchauffe pour un instant. Il se demande comment on se sent, en sa compagnie. Mais si le marin se sent bien, tant mieux. Tant mieux pour eux deux. Lewin n'aura pas à chercher ses mots pour qu'ils ne sonnent pas ridicules et Arthur n'aura pas à parler de choses qu'il veut garder pour lui. Alors il considère que le froid du vent n'est plus très important, qu'il va simplement goûter la potion comme le brun le lui propose, qu'il va doucement se laisser emporter dans le monde qu'on lui présente pour une seule journée. Il attrape le verre, y trempant presque son nez pour en humer pleinement la forte odeur avant d'y goûter. Ça sent fort. C'est tout c'qu'il pourra vous dire. Le reste le déconcentre trop pour qu'il puisse savoir s'il peut dire que c'est bon ou mauvais. Alors il y trempe ses lèvres et en avale lentement une gorgée, haussant un sourcil. Goûtant le fameux comme-de-l'Irish Coffee de Madeck, il l'observe appréhender les nœuds comme s'il analysait jusqu'à la structure de la corde. Il l'écoute critiquer les pseudo-talents du pas-marin-qui-a-fait-le-nœud, ricane de la subtilité de ses propos et se régale de ses projets d'avenir proche. Ses lèvres grimacent sans qu'il le leur demande mais il finit sa gorgée. Il en prend même une deuxième. Parce que c'est différent. Parce que ça lui plaît. Et puis il paraît que ça réchauffe.

« J'retiens ta technique. Je pourrai faire semblant d'être un druide qui fait des breuvages mystérieux, maintenant. »

Il paraît qu'on est le seul maître de son destin, que le libre-arbitre gagne toujours haut la main, tant qu'on sait s'en servir. Il paraît aussi que l'Homme veut être libre et heureux. Tout ça, ça fait sourire Lewin. Parce qu'il pense simplement qu'en souhaitant être libre, il l'est déjà. C'est un peu à cette idée qu'Arthur lui fait penser. Il pourrait décider au petit matin d'embarquer et s'en aller à jamais. C'est ce qui avait fait flipper l'Allemand quand, du jour au lendemain, il ne croisait plus la démarche traînante et la tête perdue de Madeck. Son pote lui avait manqué. Et au fond de lui, il avait sûrement crevé d'envie de découvrir le marin qui se cachait sous la banalité écrasante qu'il traînait avec lui dans les couloirs du pensionnat.

Il serre son cadeau dans sa main, tentant de s'imaginer les vacances improvisées du Breton. Il aimerait bien voir sa plage à lui, partir à la recherche de la famille de ce coquillage histoire de faire semblant de marcher dans les traces de Madeck et de retrouver, sur les plages d sa Bretagne, les frérots du coquillage ocre. Ça l'amuserait de faire comme s'il connaissait son histoire. Il imagine tout ça beau, évidemment. Tout c'que lui dit son ami a pour seul rôle de le faire rêver, de peindre dans sa tête les fresques aux jolis contrastes d'une histoire digne d'un mythe fascinant. Il se mord les lèvres, les humidifiant pour faire passer l'amertume de l'alcool et rêver aux douces légendes qu'il construit au fur et à mesure qu'elles s'animent dans son esprit. Il est beau, son coquillage. Il le range dans sa poche. Peut-être qu'un jour, lui fera pareil : il ne choisira pas le jour de ses vacances et se retrouvera dans sa cambrousse natale en une poignée d'heures. Peut-être qu'il rapportera à Madeck les herbes aux milles senteurs qui poussent sur les bords des chemins européens. Peut-être qu'il lui montrera, avec un brin de souvenir, à quoi ressemblait son enfance. Si seulement il avait quelqu'un à aller voir. Si seulement les murs de son enfance ne s'étaient pas déjà écroulés, ne l'avaient pas tout bonnement lâché comme des salopards. Si les portes qui l'ont accueilli se souvenaient de lui. Sa démarche sur le pas de la porte s'est envolée. Elle a dû finir par se détacher du bois et des briques, rebondir sur les murs pour aller pourrir dans les canalisations.
Finalement, il se dit qu'il est plutôt fait pour vivre comme s'il n'avait pas de souvenirs, être une sorte de nomade qui préfère oublier les lieux mais se rappeler des voyages. Il aurait sûrement été plus matérialiste, si on lui avait octroyé le droit d'avoir des souvenirs stables et ancrés. Mais observer Madeck à l'oeuvre le distrait des pensées grisâtres qui floutent son esprit et ferment ses yeux. Il avait oublié l'froid pendant un instant. Il a l'impression de se recevoir une belle gifle mais la brûlure de l'alcool persiste. Il remercie son ami d'un coup de coude et hoche la tête à sa demande, ravi de se faire guider dans son monde à lui.

Il a un peu l'impression que ses mains effleurent l'histoire du jeune marin alors qu'il tire sur la corde indiquée. Ô miracle, elle se lâche, se détend et s'alourdit sur le morceau de port qui les sépare de quelques centimètres du côté dégueulasse de la mer alors qu'on lui pose un objet-absolument-inconnu tout aussi lourd sur le dos. C'est comme s'il avait passé la porte du Japon ennuyant pour entrer directement dans les couloirs immenses et lumineux de la Bretagne mystérieuse. Ça l'fait sourire et c'est avec cette tronche de bienheureux qu'il remercie Madeck, quand il capte enfin que c'est de sa veste, la vraie, dont il vient d'hériter pour quelques heures. Il reste là quelques instant à regarder la corde, à observer les conneries qui traînent dans l'eau et à légèrement flipper du bateau qui tangue. Tout ça sans dire mot. Puis il paraît que quand on dit rien, c'est qu'on apprécie. Lewin approuve. Autant qu'il prend le temps de remplir ses yeux de nouveautés qui l'empêcheront sûrement de dormir ce soir, à force de le submerger de rêves plus beaux que les contes de son enfance et les reines qui vous enivrent avec leur charme inné.

« Alors, c'te veste ? Ça me va bien, d'imiter les marins ? »

Alors il se relève, l'air un brin replié avec sa veste trop grande sur ses épaules. Trop grande pour ses petits rêves de mioche, trop large pour l'étroiteté (?) d'esprit que le Japon lui a collée dans le crâne, trop lourde pour ses ambitions de gamin. Il découvre Madeck dans sa nouvelle tenue et pouffe légèrement, d'un air mi-amusé mi-surpris. Sans s'attarder sur sa dégaine, il s'aventure lui aussi sur le bois du bateau, recevant alors l'agréable impression qu'il accède à une plateforme totalement différente de tout c'qu'il a bien pu connaître en traînant ses godasses sur le goudron de la ville. Faut dire que tout est différent et que l'marin l'oblige à se sentir lui-même martolod, comme il dit. D'ailleurs, Lewin aurait bien répété le mot bizarre pour tenter de l'imprimer sous cette tignasse mais il a peu de paraître ridicule. Alors il se contentera d'en imaginer la prononciation. Après tout, il fait semblant. Il ne fera qu'admirer les vagues de sentiments d'admiration un peu trop exagérés, faire comme s'il était tranquillement assis au fond d'son strapontin ou bien emmitouflé dans ses couvertes, à écouter les histoires du marin breton.

« J'ai eu le café magique, le croissant salvateur, la chaleur d'un marin sur mes épaules, l'odeur de la mer qui m'assassine les narines, le vent gelé qui me défonce les doigts, j'a même le droit au beau bateau et au Breton qui me guide. » Il compte sur ses doigts au fur et à mesure qu'il énumère ses mini-expérimentations de la journée. Il en oublie, ne citant que c'qui le tient le plus à cœur. Puis hausse ses épaules, explorant tour à tour chaque morceau d'son nouveau terrain de divagation. « Un jour, j'te ferai enfiler des Lederhose et marcher dans la bouse de vache. J'serais bien prêt à le jurer si... j'avais pas peur de tomber à l'eau comme un con. Je vais peut-être mourir asphyxié par les bouts d'plastique quand je me noierai sur le bord du port. » Et il rit, se foutant de sa propre gueule, soulignant qu'il a quand même les jetons. Pas qu'il n'a pas confiance en Madeck parce que, contre toute attente, il le laisse faire aveuglement. Mais c'est sûrement une de ces peur de l'inconnu qui viennent un peu vous pourrir vos sorties de temps à autres. M'enfin autant qu'il peut faire semblant d'être un marin, il peut camoufler sa flippe innocente, alors il se risque à se pencher sur la mer, se demandant quand même si le bateau va pas se dérober sous ses pieds nus. Il en profite pour humer l'odeur qu'il trouve sur la veste et se demander si elle est si rassurant parce que c'est un marin ou parce que c'est Madeck. Et sur le coup, les deux idées le mettent mal à l'aise mais il tente de se concentrer sur les minuscules vagues qui font tanguer le bateau comme si y avait un ouragan là-dessous. Et comment ils font, les marins, pour se repérer dans cette mer toute bleue ?
Puis il se frotte les yeux. Il n'ose pas toucher grand chose mais inaugure seulement le sol de ses pieds glacés. Il observe le dos de Madeck, souriant à sa panoplie, posant finalement ses yeux sur le plus important.

« Tu conduis jusqu'au Loin, ou tu voles des bateaux pour les admirer ? »




Spoiler:
 

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Arthur Madeck
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MessageRe: Le temps d'une énigme.- posté le Mer 15 Oct - 22:27

Quelques fois, entre deux élans de conneries, Arthur se demande ce qu'il aurait foutu si on ne lui avait jamais présenté la mer. Si on lui avait caché son existence, si on lui avait fait croire que ce machin bleu, c'est rien, que ça vaut pas le coup qu'on s'y intéresse. Il se demande ce qu'il aurait bien pu glander s'il avait été assez naïf pour croire toutes les conneries des Grands. Tu sais, celles qui font flipper et qui te font croire que tu ne seras jamais à la hauteur de tes rêves, celles qui t'obligent à penser que tes rêves sont des machins puérils qui ne servent à rien. Que tu ferais mieux de garder les pieds sur Terre, plutôt que de laisser flotter ton esprit quelque part en mer. Peut-être qu'il aurait fini dans un job banal : prof', maçon, éboueur, comme les milliers d'insignifiants avant lui. Peut-être même qu'il aurait été banquier ou avocat, comme dans les rêves de sa génitrice. Qui sait. Dans tous les cas, il aurait morflé. Et il aurait crû, dur comme fer (…), que le bonheur, ça existe pas, que c'est une fumisterie, une bonne vieille blague du Gars d’en Haut, de ce bon vieux Créateur. Alors souvent, quand Arthur pense à ça, il se dit qu'il est content d'être un parfait idiot. Parce qu'au moins, il est heureux. Et que même si la mer, elle n'est pas tous les jours clémente, elle n'en demeure pas moins la plus douce des amantes.

Amante que l'Allemand semble bien décidé à conquérir. Souriant légèrement à sa question, Arthur délaisse alors les voiles pour s'occuper tranquillement du corps de Rainer (enfin...). S'il avait été objectif, peut-être aurait-il déploré le fait qu'il se noie un peu dans sa veste et qu'il ressemble plus à un gamin qui aurait piqué le veston de son père, qu'à un marin. Mais Arthur n'est pas objectif quand il s'agit de ses potes. Alors même s'il flotte dans ses fringues, le Breton ne peut s'empêcher de l'imaginer en Capitaine d'équipage, tenant entre ses mains la barre du navire. Il ne peut pas non plus s’empêcher de l’imaginer assis sur son grand mât (…hrm), celui du voilier, à guetter l'horizon pour de faux. " Ouais, on dirait un vrai. Tu devrais songer à délaisser tes prés... ". Et il sourit, s’amuse à le voir flotter dans sa veste, ne peut s’empêcher de se dire qu’en fin de compte, cet accoutrement s’accorde plutôt bien avec sa tronche d’Allemand. Il se dit que c’est sûrement parce que Rainer est né entre le Rhin et le Danube que l’uniforme de marin ne jure pas avec sa belle gueule. Ou alors tout simplement parce qu’il est Rainer. Allez savoir.

Du coin de l'œil, il observe l’Allemand appréhender sa nouvelle réalité. Il se demande ce que ça fait de sentir ses pieds se dérober sous les vagues pour la première fois. Parce que lui, il l'a oublié. Ca fait trop longtemps. Alors il se contente d'espérer que ça plaise à l'Allemand de se sentir impuissant (enfin...) face à l'impétuosité des flots, de se laisser aller au bon vouloir des caresses de la mer. Mais au fond, y’a aucune raison pour qu'il n'apprécie pas. De toute façon, y’a rien sur son visage qui trahit un quelconque dégoût. Peut-être un trait d’appréhension, mais ça, Arthur le comprend : une première fois, c’est toujours un peu délicat. Alors, quand il lui expose ses craintes, le marin se contente d’hausser vaguement des épaules et de glisser ses doigts dans les poches de son jeans. Il pourrait bien lui avouer qu’un voilier ne peut pas chavirer, que même un fermier allemand portant des Lederhose ne pourrait jamais relever cet exploit. Mais le voir doucement flipper est bien plus marrant. Il profite alors que l’attention de l’Allemand soit détournée par les mini-tsunamis qui s’écrasent sur la coque du navire pour se glisser derrière lui.

Le sourire espiègle collé sur sa tronche de gamin paumé, Arthur attrape les épaules de l’Allemand et le bouscule légèrement vers l’eau pour feindre une chute. Du bout des doigts, il retient l’équilibre précaire de Rainer, l’empêchant ainsi qu’il se casse vraiment la gueule dans l’eau croupie du port. Ce n’est qu’une fois stabilisé qu’il se met à rire, heureux de sa connerie. Il ne peut tout simplement pas s’en empêcher. "Tu vois, tu tomberas pas". Et comme si ça suffisait, comme si ces mots formaient un argument tout à fait valide, il relâche ses épaules, se permettant une tape amicale dessus. "Tu peux préparer tes Laideur-a-osse". Il butte un peu sur la première syllabe, massacre carrément la fin du mot et fout totalement en l’air la prononciation du mot. Hochant de la tête, accablé par son accent complètement pourri, il tente de se rassurer en se disant que l’Allemand comprendra de toute façon. Parce qu’après tout, il ne doit pas être le seul connard sur Terre à être incapable de prononcer un mot correctement en allemand.

Et puisque l’Allemand lui pose implicitement la question du départ, il oublie de critiquer plus longtemps son accent pourri. Il se contente de lever le nez vers les voiles et d’observer consciencieusement leur valse avec le vent. Il vient. du Nord. Pas étonnant qu’ils se les gèlent depuis le début de leur expédition.
Décidé à lever l’ancre, il fait signe à l’Allemand de s’approcher du gouvernail. Et lorsque Rainer est assez proche, il attrape ses mains, les dépose sur la barre du navire et lui fait tourner la barre de 45° à bâbord. " Garde bien cette inclinaison, ok ? Ca va tirer un peu, mais t’as pas à t’inquiéter, c’est normal ". Gardant les doigts bien callés sur les poignets de Rainer, il le laisse intégrer les informations qu’il vient de lui dire, puis continue : " Quand j’baisserai le bras, tu la redresseras de 45° de l’autre côté. Comme ça. " Et il exerce une pression sur les poignets de l’Allemand afin de remettre le gouvernail dans sa position originelle. Il aurait bien aimé lui expliquer toute la complexité du mécanisme qui se cache derrière ce morceau de bois aux airs si simplets, mais il ne veut pas emmerder l’Allemand avec tous ces détails. L’important c’est de quitter le port, pas de savoir de quelle façon un bateau se dirige. Il détache ses doigts des poignets de l'Allemand puis s’écarte légèrement de lui, retrouvant ainsi une distance un peu moins gênante. "C’est bon, t’as compris ? Oublie pas mon bras, surtout. Moi j’vais m’occuper des voiles". Et sans s’attarder davantage, il s’aventure vers le mât principal et décroche les premiers nœuds qui retiennent la voile. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il se souvient d’un truc. Un détail super important qu’il avait complètement zappé.

Délaissant les cordages, il reporte alors son attention sur le pont du bateau, arrête son regard sur un seau qu’il tend ensuite à Rainer avec un sourire moqueur. " Juste au cas où. J’tiens à ma veste, tu vois. Donc si ça va pas, utilise-le ". Et il se barre de nouveau, souriant comme un con à sa petite provocation.

Au pied du mât, il glisse ses pieds dans l’échelle et se hisse progressivement en haut. Peu à peu, il retrouve toutes ses habitudes, l'odeur du lin tressé, la joie de se sentir absolument libéré de toutes les contraintes du sol. Avec application, il retire les quelques nœuds qui retiennent les voiles dont ils ont besoin pour prendre le large. Et quand elles sont enfin libérées, il s’assied quelques secondes en haut du mât, savoure le vent qui dévore ses joues et abaisse finalement son bras vers Rainer. Il serait bien resté là-haut plusieurs heures. Malheureusement, il ne peut pas laisser son pote tout seul en bas ; ce serait un coup à se retrouver dans l'eau, étouffé par un bout de plastique. Alors il redescend, prenant bien soin de ne pas se casser la gueule dans les cordages et se rapproche de l’Allemand, un petit sourire coincé sur les lèvres. " Alors ? T'en dis quoi ? ".
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Lewin Rainer
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MessageRe: Le temps d'une énigme.- posté le Sam 4 Avr - 10:40

Tu déconnes, il aurait pu basculer par-dessus bord, s'éclater le crâne contre la coque pour finir dans l'eau, bouffé par les requins du port. Et si le requin était déjà occupé à manger un autre pauvre étranger, il aurait sûrement fini comme engrais à toutes les plantes aquatiques qui font peur, les méchants poissons se seraient disputé ses bras, ses orteils et sa tête. Et s'il avait été épargné par les méduses, les phoques et les éléphants de mer, il aurait fini comme friture pour toutes les plantes carnivores des tréfonds des grandes profondeurs des abysses. Délaisser ses prés pour ça ? Que dalle. Il est bien mieux assis sur une pierre à regarder le temps qui passe et le vent se glisser entre les brins d'herbe.
Avec ça, il aurait pu écrire des putains de scénario de film d'épouvante pour ado, il aurait gagné plein de pognon et aurait exploré plein de pays.
Puis finalement, il se sent juste con, parce que Madeck le retient de tomber tout aussi bien qu'il l'a fait flipper. Pour accuser le coup, il se mord la lèvre pour la peur, puis la joue pour l'envie de rire des gamineries de son pote. Mais vu qu'il est la victime dans l'histoire, il se retiendra. Il soupire simplement longuement, avant de pouffer à son histoire de laideur osseuse, secouant la tête de gauche à droite pour dire que non, ça se dit pas exactement comme ça mais qu’il a compris quand même. Mais il dit rien parce qu'il attend impatiemment de savoir comment on fait semblant d'être un marin.
Suivant les directives de son pote, il commence par arrêter son regard sur le gouvernail, se disant comme tous les gamins que c'est bien plus beau en vrai que dans les dessins animés. Ça le fait sourire, puis il relève les yeux vers Madeck, s'approchant encore. Il se laisse manipuler par son pote, étrangement confiant, une moue sereine se glissant sur son visage. Peut-être que maintenant qu'il a compris qu'il allait pas se faire cuisiner par des requins, il se dit que c'est pas si dangereux. Puis dans la veste de marin qui lui vole au-dessus des épaules et où flottent ses hanches, il se dit qu'il est en sécurité. C'est comme un cocon et ça colle un vague sourire sur sa tronche d'éternel râleur. Une fois les mains tenant fermement le gouvernail, il écoute les consignes et se contente de les appliquer. T'sais, il est concentré, ça lui arrive. Même que ça lui fait plaisir. "Tout compris, m'sieur." Il accompagne sa réponse d'un hochement de tête et d'un sourire qu'à moitié hésitant.
Il commence à se dire que c'est fou, qu'un bateau puisse être en partie contrôlé par ce qu'il a sous les mains. Ça lui fait froncer les sourcils parce qu'il y a plein d'interrogations qui fusent dans sa tête. Ca le déstabilise un peu que Madeck se barre il-ne-sait-où alors il guette. Il doit pas oublier son bras. Serrant bien ses mains sur la barre, il appréhende la texture de cette dernière et teste la difficulté à tourner le « volant ». Il peut pas vraiment faire autre chose que hocher la tête, laisser briller la curiosité dans ses yeux et observer la technique de son pote. Ca l’fait sourire, et il se demande comment il pourrait lui rendre la pareille. Il se penche par-dessus le gouvernail, observant ce qu’il y a derrière, mais n’y trouve rien d’assez compréhensible pour que ça soit intéressant. Peut-être que tout est en-dessous. Un d’ces quatre, il lui demandera comment fonctionne son navire. Et comment il sait tout ça. Puis il se bouffera les doigts parce que la réponse du Breton sera forcément magnifique.
Un jour, il pourrait lui demander s’il veut découvrir de nouvelles fleurs, de nouvelles pierres, de l’herbe qui brille tellement elle respire, des chemins sans montagne autour, un ciel d’un putain de bleu et un monde où même les nuages donnent envie de garder les yeux ouverts toute la nuit. Il pourra pas l’embarquer sur un navire, mais il pourrait tender d’le ferait rêver avec les bribes de souvenirs et ceux qu’on lui a racontés, il attendrait un « oui » de sa part et il l’emènerait sans en demander plus. Probablement, ils se tromperaient de village parce que la mémoire de Lewin est pas bien efficace, quand il s’agit de c’te période. Mais ça serait pas grave, parce que ça serait quand même à son tour de lui montrer son monde.

Sans vouloir sortir de ses pensées, il profite de sa solitude temporaire pour jeter un œil au loin. Parce qu'au-delà des milliers de rouages du navire qu'il ne connaît pas, au-delà de cet énorme volant en bois dont il a les commandes, au-delà du grand mât de Madeck (…), y a cette mer qui lui inspire le calme et lui fait prendre un long s.oupir, à en oublier sa situation pour quelques instants. Son regard se perd sur les milliers de teintes de bleu que le monde offre à ses yeux et à la terre entière, et cette harmonie naturelle l'envahit tellement qu'il cesse de se poser la moindre question. Y a juste le monde et lui. Pas de navire, pas de Madeck, pas de veste trop grande. Il est à poil. devant cette immensité qui le nargue avec ses secrets et l'enveloppe avec sa pureté. Les rouages n’ont plus d’importance, il a zappé le bras de Madeck et si le vent lui fouette la joue, c'est pas grave. Mais les moqueries de son pote le ramènent à la réalité, qui paraît tout de suite bien plus restreinte. Il doit se contenter d'un gars et d'un bateau, alors qu'il y a une seconde il accédait à quelque chose de bien plus grand. Mais il pense que c’te grandeur qui le dépasse un peu, le Breton la voit dans son bateau et aussi loin qu’il pourra aller sur la mer.
Il secoue la tête de gauche à droite en regardant le marin droit dans les yeux. Vomir son café magique de t'à l'heure et son croissant, ça le tente pas. Pour pas être gêné, il pousse un peu le seau du pied, mais pas trop loin, parce qu'on sait jamais, si son enfoiré de pote avait raison. Du coup, il lui doit quand même un peu de reconnaissance. "Merci vieux." Puis il le regarde se barrer une fois de plus. "Grand con." Il fait quoi, maintenant, avec son volant-de-navire entre les mains ? Il a trop envie d’le manier, il se mord la lèvre de devoir attendre. T’imagines, s’il pouvait diriger le bateau ? Ses yeux cherchent le bras de Madeck, attendant un quelconque signe. ll voit l'application et l'habitude dans les gestes du Breton, ça l’fait sourire de le voir complètement dans son élément, et il se perd un peu dans cette contemplation. C'qu'il comprend pourquoi Madeck veut se barrer du jour au lendemain, retourner sur la mer et quitter ce putain de Japon. C'te putain de ville surtout et ce putain de pensionnat.
Il se demande pourquoi le Breton est pas déjà parti, ou une fois de plus en tout cas. Un instant, il se dit qu'il l'envie ; mais il pourrait faire pareil. Lui aussi pourrait se barrer de l'autre côté du monde pour retrouver son monde à lui. Il pourrait aller s'allonger dans une herbe enfin verte, avec des vaches qui crèvent pas entre deux barreaux, et des vrais murs de pierre, pas peints, pas plein de conneries publicitaires, pas tagués. Lui aussi, il pourrait rejoindre une grande libération et la découvrir à nouveau.

Pour le moment, ce qu'il sent, ce sont les douces vagues, l'odeur puante du port et l'appréhension-hâte de son premier essai pour son premier jour de pseudo apprenti marin. Oh et v'là son bras. Il recopie exactement les mouvements que le vrai marin lui a enseignés, il appuie comme un taré et des centaines d'étoiles explosent dans ses yeux.

La ravissement engloutit sa face pâle, le vent ébouriffe ses cheveux. T’as vu, ça bouge, ça a marché, gars ! C'est bon, 45°, comme ça ? Il se remémore l'inclinaison de l'autre côté et juge que c'est correct, pourtant trop excité pour savoir s’il a vraiment bien fait. Il a envie de réitérer son action des milliers de fois, juste pour la satisfaction personnelle qu’il en tire, et l’espoir de fierté de la part de son pote. « Eh, c’est bon, j’ressemble à un marin, ou pas ? » Ses pupilles ont dû doubles de diamètre. Il est trop content. Sur le coup, il aurait aimé avoir une casquette, pour faire comme dans les films où quand on commence à s’avancer sur la mer, on l’enfonce sur sa tête comme pour dire au revoir, ou on la soulève et on sent le vent sur nos cheveux. Mais il y a une petite amertume qui le fait grimacer, c’est qu’il sait pertinemment qu’il touchera jamais cet horizon plein de mystères. ‘Paraît que c’est beau les mystères, mais personne dira qu’on n’se pose pas de question. Pourtant, il est pas bien sûr de vouloir une quelconque réponse. Il veut que le mystère reste aussi beau que la frontière entre le ciel et la mer, alors il demandera pas au Breton de l’emmener toucher l’horizon. Pourtant y a c’te question qui lui brûle les lèvres, il crève d’envie de lui demander vers où ils s’en vont.

Mais il oublie vite. Sa face de gamin se tourne vers la mer, il relève le menton. Il veut voir l’eau dégueulasse du port s’agiter, t’sais, comme dans les films, quand le bateau démarre. Il se passe une main dans les cheveux pour dégager son regard, se hisse sur la pointe des pieds et tend le cou, mais que dalle. Il voit que dalle et c’est frustrant. Et ses pieds se déplacent tout seuls, j’te jure. Il traine un, deux pieds sur le sol du navire puis finit par complètement zapper qu’il est censé être aux commandes. Sa tête préfère lui rappeler qu’il doit regarder le port s’éloigner avec un sourire satisfait. Le bateau peut pas conduire tout seul, mais c’est pas grave, de toutes façons il aurait pas gardé le gouvernail plus longtemps entre les mains. Il préfère les accrocher au bord du navire pour se pencher par-dessus et plonger son regard. Mais il voit que son reflet, sa face qui a l’air plus blanche qu’un cul de roux, ses cheveux mis en bordel par le vent et les épaules trop larges que lui fait la veste.
Avant toute chose, il se dit que le vrai marin veut peut-être se mettre dans la peau de son propre personnage et pour le lui permettre, Lewin enlève délicatement la veste qu’on lui a prêtée, l’observe encore un instant puis va la poser sur les épaules de son pote, trop impatient de retourner se pencher sur l’eau et lever le nez vers l’horizon.

"Tu nous emmènes vraiment ? J’te regarde conduire. "

Mais il se tape de savoir s’ils vont revenir ou pas.

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Arthur Madeck
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MessageRe: Le temps d'une énigme.- posté le Ven 19 Juin - 19:04


Dans son coin de pays, les vieux racontent qu’avant de quitter le port, les marins doivent siffler un petit air pour favoriser les vents. Ils aiment aussi confier qu’une fois le large atteint, il faut chanter un petit refrain pour éviter les mauvaises rencontres en Mer. Un chant et les monstres, les catastrophes, les sirènes et les dieux en colère se désintéressent des malheureux matelots. Et puisque le Breton désire accélérer sa fuite vers le large, il siffle un léger air, tandis qu’il réajuste les voiles. Il se fout bien de savoir si cette tradition est futile, si ce n’est qu’une fumisterie racontée pour faire rêver les idiots dans son genre. Il ne se pose même pas la question ; il préfère croire à tout, à défaut de ne s’attarder sur rien. S’abîmant les mains sur les cordages, le marin tire un peu plus sur les voiles et stabilise leur vitesse. Il relève ensuite le nez, souriant à la question de son pote. Il acquiescerait bien, lui affirmerait volontiers que oui, il ressemble à un marin. Il le ferait bien, si seulement il savait à quoi ressemblait véritablement un marin. Lui, il n’a que l’image du vieux Le Garrec et sa pipe, et celle de dizaines d’équipage formé à l’arrachée. Il n’a en tête que des beaux parleurs, des saoulons écrasés sur les quais, des joueurs de dés, des conteurs passionnés, des chanteurs, des nostalgiques des grands voyages jusqu’à Terre-Neuve et des vieilles traditions. Alors si Rainer ressemble à un marin, il n’en sait rien. Mais ça ne l’empêche pas de sourire et de répondre, en criant légèrement pour concurrencer les hurlements du vent :

« Vieux, demande-lui,  
C’est elle qui choisit
».

D’un signe de tête, le jeune Madeck désigne la Mer : c’est elle qui choisit ses amants, eux n’ont pas leur mot à dire. Et il se remet à siffler, jugeant sa réponse satisfaisante. Au fond, il croit que c’est à l’Allemand de se faire une idée, qu’il n’a pas à lui pourrir l’esprit avec des quarts de vérité. Les autres s’en chargeront bien assez pour lui, alors autant ne pas rejoindre cette danse désolante. Du bout du regard, Arthur observe les vagues devenues plus entreprenantes ; ils entrent dans la ligne de démarcation entre les flots tranquilles du port et ceux plus violents de la haute mer. A en juger rapidement du courant, ça risque de bouger. Paré à entrer pleinement en elle (...), sa mer, le garçon cesse de siffler et se retourne vers le gouvernail pour prévenir Rainer de tenir très fermement la barre (enfin...). Mais son souffle se coupe lorsqu'il réalise que plus personne ne tient la barre. Il comprend maintenant comment les Allemands arrivent à chavirer sur le Rhin. Réagissant immédiatement, Arthur se précipite sur la barre et tente de la redresser dans un juron. Serrant des dents, il la rétablit tant bien que mal, évitant de justesse une perte dangereuse d’équilibre. C’était moins une, gast (putain, en breton).

L’équilibre du bateau retrouvé, le Breton récupère enfin son souffle. Le regard planté dans l’immensité bleue, il vérifie la direction des vents dominants, note les courants contraires et ajuste la position du gouvernail. Le bateau tangue sous la violence des vagues et un léger sourire se dessine sur les lèvres d’Arthur. La Mer est très agitée et ça l'fait complètement tomber sous son charme. Ce n’est certes pas sa bretonne, mais elle est tout aussi magnifique. Son regard d’ordinaire si flou se fait alors plus vif, plus attentif, bien plus dévorant face à celle qui s’est tant fait désirer. Totalement absorbé par ses ondulations, Arthur remarque seulement au dernier moment Rainer qui s’approche pour lui remettre sa veste. D’un signe de tête, il le remercie et en profite pour l’avertir de ses prochaines manœuvres :

« Accroche-toi aux rebords,
Ca va tirer à tribord.
»

Et il lui tend un léger sourire, pour ensuite plonger son regard vers l’horizon. Désormais en haute mer, Arthur hisse une nouvelle voile, tandis que ses croyances de Breton viennent lui chuchoter quelques avertissements à l‘oreille. Il met alors le cap vers le Nord et, puisqu’il ne tient pas particulièrement à se faire happer par un monstre marin ou une sirène à la tendresse tenace, le marin chantonne une chanson que lui a appris le Vieux, sifflotant également l’instrumental, comme pour encourager le souffle violent du vent.

« … Et la vague est profonde et le vent déchaîné
De l'horizon qui gronde
Monte une houle sans pitié
C'est la misère du monde
Qui cogne au chalutier
Y'a bien de la souffrance pour les gens de la mer
Y'a bien de la souffrance pour les gens de la mer
Le cœur plein de vaillance
Dur au labeur solitaire
Aux croisées de l'absence
Ils chantent leur calvaire …
» (1)

Sans vraiment s'en rendre compte, le Breton chantonne la chanson dans son entièreté, oubliant qu’il n’est pas seul. À vrai dire, il pense plus à l’absence du Vieux. Il n’aurait certainement pas apprécié que le jeune mousse choisisse une chanson française, alors qu’il en existe tant en langue bretonne. Il aurait certainement juré plusieurs fois, aurait attrapé son violon à contrecœur et aurait finalement consenti à jouer le rythme de la chanson choisie. Ça, ou il se serait levé en furie, aurait balancé l’instrument à Arthur, l’obligeant ainsi à suivre la musique que le vieux lui aurait imposée. Ce scénario fait vaguement sourire le marin et il se promet de lui écrire en rentrant.
Et il donne un léger coup sur la barre et commence à prendre de la vitesse. Il regarde droit devant, prêt à conquérir l’horizon. C’est ce qu’il aime avec la voile, c’est que quoiqu’il arrive, tu n’as pas d’autre choix que de regarder devant. Tu laisses tout derrière toi, les vagues qui ont fragilisé ta coque, les bourrasques de vent qui ont fait basculer ton équilibre ; derrière, ça n‘a plus d’intérêt, seul l’horizon compte.

L’alizée qui siffle soudainement dans ses oreilles lui rappelle alors l’envie de voyage de Rainer. Et comme cette traversée commence à devenir bien trop paisible, Arthur vérifie que son pote se tienne bien aux rebords pour changer subitement de trajectoire. La coque heurtant le courant de plein fouet, une vague violente s’écrase sur le pont du bateau, arrosant au passage copieusement l'Allemand. Amusé, Arthur lâche à ce dernier un« Oups désolé, ‘pas fais exprès » absolument pas convaincant, puis fait flancher l’équilibre du bateau à son maximum. A tribord, on peut maintenant toucher l’eau du bout des doigts, simplement en tendant la main. Savourant chacune des secousses violentes que leur offre le bateau, Arthur écoute les plaintes de celui-ci et s’amuse de l’humidité qui entre et sort sur le pont à grandes giclées (…). Et lorsque les soupirs se font plus sourds, le marin change de cap et reprend vers le Nord. Il se demande à quel point il a fait flipper son pote avec ses conneries. Et ça l’fait sourire un peu plus, comme l’enfoiré qu’il est.

________
(1) Tiens, c'est cette chanson : https://www.youtube.com/watch?v=6ewLUKHZ_b8 .
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Le temps d'une énigme.

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